À Rouen, les artistes font plier la mairie : l’IA ne remplacera plus les illustrateurs sur les affiches municipales
La relève et La peste2 min de lecture
Tout commence à l’automne 2025, lorsqu’un illustrateur rouennais reconnaît les traces de l’IA générative sur une affiche de « Rouen givrée » : personnages déformés, perspectives incohérentes et détails imprécis. Pour les artistes locaux, voir une collectivité qui revendique son soutien à la culture remplacer une commande humaine par une image automatisée constitue une profonde contradiction. Le collectif informel « Autrices & Auteurs Rouen » se forme alors, rassemblant une quarantaine d’illustrateurs, graphistes, comédiens, réalisateurs et autres professionnels de la création.
Après un courrier adressé au maire Nicolas Mayer-Rossignol, les artistes rencontrent les services de la Ville et de la Métropole les 3 février et 3 juin 2026. D’après le collectif, les deux collectivités travaillent désormais à une charte interne encadrant leur usage de l’intelligence artificielle. Celle-ci devrait privilégier les créations humaines et écarter l’IA générative des supports visuels. Les artistes restent néanmoins prudents : tant que le document n’est pas adopté et publié, la victoire doit encore être concrétisée.
Cette mobilisation pose une question simple : l’argent public doit-il servir à économiser une commande ou à faire vivre les créateurs d’un territoire ? Les systèmes d’IA générative sont entraînés sur d’immenses corpus pouvant contenir des œuvres protégées. Le ministère de la Culture reconnaît lui-même que les mécanismes actuels ne garantissent pas suffisamment l’autorisation et la rémunération des auteurs. Un autre rapport officiel publié en juillet 2026 précise que les productions entièrement synthétiques, sans intervention créative humaine significative, demeurent étrangères au droit d’auteur.
Le remplacement des artistes a également un coût écologique. L’Ademe recommande d’éviter autant que possible la génération d’images et de vidéos par IA, beaucoup plus énergivore que la production de texte. L’Agence internationale de l’énergie estime par ailleurs que la consommation électrique mondiale des centres de données pourrait presque doubler entre 2025 et 2030, principalement sous l’effet de l’IA.
À Rouen, les artistes rappellent ainsi une évidence : une ville qui prétend défendre la culture et la transition écologique doit soutenir la création vivante, pas financer son effacement.
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