Canicule et feux de forêt : l’air devient un poison pour notre santé
La relève et La peste4 min de lecture
La Relève et La Peste : Quelles sont les principales substances émises lors des feux de forêt ?
Frédéric Le Guillou : Les fumées blanches sont composées de particules fines et ultrafines qui peuvent parcourir de grandes distances. Ces particules passent directement la barrière du nez (poils et mucus) et la barrière bronchique. Elles peuvent atteindre les alvéoles pulmonaires et passer dans le sang, ce qui peut créer un stress oxydatif avec des atteintes cardiovasculaires.
Quant aux fumées noires, elles contiennent notamment du monoxyde de carbone, du cyanure et du benzène. Le monoxyde de carbone a une affinité pour l’hémoglobine 200 fois supérieure à celle de l’oxygène. Ce gaz, hautement toxique, bloque ainsi le transport de l’oxygène dans l’organisme mais aussi l’oxygénation cellulaire et les voies respiratoires, comme le cyanure et le benzène.
Toutes ces substances sont des irritants qui peuvent entraîner divers symptômes à court terme : irritation des yeux, toux, éternuements, nez qui coule, gorge qui gratte… Les symptômes dépendent néanmoins du niveau d’exposition, de l’intensité, de la longueur et de la répétition des expositions. Chez les personnes ayant déjà une pathologie respiratoire, dont les muqueuses sont déjà fragilisées, les polluants pénètrent davantage en profondeur.
LR&LP : Les incendies surviennent alors que la France subit des canicules successives des pollutions à l’ozone. Quelles sont les conséquences pour la santé ?
Frédéric Le Guillou : Lorsqu’il fait chaud, la fréquence cardiaque et la fréquence respiratoire augmentent et nous transpirons. Ce sont des phénomènes d’adaptation permettant de réguler la température interne, comme lors d’un effort physique. Et quand nous augmentons notre fréquence respiratoire, les particules pénètrent plus facilement dans les voies respiratoires, provoquant une inflammation.
Ainsi, les personnes atteintes de maladies respiratoires chroniques, comme l’asthme, la BPCO, la fibrose ou encore la mucoviscidose, qui présentent déjà une inflammation au niveau des voies respiratoires, sont particulièrement vulnérables aux fortes températures, tout comme les personnes allergiques. La chaleur, tous comme les incendies, exacerbe ainsi les symptômes respiratoires déjà existants.
La chaleur contribue également au dessèchement de la muqueuse respiratoire, qui va du nez aux petites alvéoles pulmonaires. La pollution à l’ozone, qui survient en cas d’ensoleillement intense et de faible dispersion des polluants, décape littéralement cette muqueuse.
Les effets des fortes chaleurs, des incendies et de la pollution à l’ozone se cumulent, avec un effet toxique synergique pour nous et pour nos voies respiratoires. Cela se répercute sur les recours aux soins, en particulier pour les personnes atteintes de maladies respiratoires mais aussi pour les personnes fragiles, c’est-à-dire les enfants, les personnes âgées, les personnes atteintes de maladies chroniques, ainsi que les femmes enceintes.
Il est toutefois compliqué d’évaluer les effets à long terme, car nous sommes confrontés à de multiples expositions tout au long de notre vie et l’attribution des risques est complexe.
LR&LP : Quels sont vos conseils pour limiter autant que possible les effets des fumées ?
Frédéric Le Guillou : C’est une question de bon sens. Il faut bien fermer les fenêtres et les portes de son domicile, limiter les déplacements et ne pas faire d’activité physique en extérieur. On peut aussi recommander de porter un masque de type FFP2 quand les sorties sont nécessaires.
Plus largement, il faut une vraie réflexion en termes d’aménagement du territoire. Il existe notamment des essences d’arbres beaucoup plus adaptées à un climat sec, alors que des plantes qui se dessèchent rapidement sont propices à de vrais braisiers.
Les recommandations de l’Anses dans les zones exposées aux fumées
Dans les zones où parviennent les panaches de fumées des feux de forêt, l’Anses recommande de :
• limiter les déplacements et le temps passé à l’extérieur,
• garder les portes et fenêtres fermées et n’aérer que lorsque les conditions le permettent,
• occulter les aérations avec des linges humides,
• arrêter les ventilations mécaniques contrôlées (VMC) durant les épisodes de fumées,
• éviter les activités physiques en plein air dans le secteur,
• veiller à la qualité de l’air à l’intérieur de son domicile en évitant l’encens, les bougies, etc.,
• surveiller de près les personnes sensibles.
Pour les personnes sensibles ayant des antécédents respiratoires (asthme, insuffisance respiratoire chronique ou autres pathologies respiratoires ou cardiovasculaires), l’Anses préconise de :
• porter un masque filtrant (de type FFP2) en cas d’exposition directe aux fumées,
• se rapprocher d’un médecin généraliste en cas de symptômes ou de gêne respiratoire et, en fonction de l’intensité des symptômes ou de la gêne respiratoire, contacter le 15.
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