La FNAB et FEVE installent des jeunes agris bio dans des fermes à l’abandon
La relève et La peste4 min de lecture
La ferme hors de prix
S’installer en agriculture sans être fils ou fille de paysans relève souvent de l’impossible. Terres, bâtiments, matériel, cheptel : le coût global d’une reprise d’exploitation peut dépasser le million d’euros.
« Aujourd’hui, pour un jeune qui s’installe, c’est inatteignable », résume Simon Bestel, ingénieur agronome et cofondateur de FEVE, la foncière solidaire Fermes En Vie, créée en 2021.
Face à cette impasse financière, FEVE a mis au point un modèle original. La structure collecte de l’épargne, principalement auprès de citoyens mais aussi d’investisseurs institutionnels, pour racheter des exploitations agricoles. Elle les met ensuite à disposition des nouveaux installés via un bail avec option d’achat.
L’agriculteur commence par être locataire. Il peut racheter sa ferme quand il le souhaite. « C’est vraiment aux mains de l’agriculteur », insiste Simon Bestel. En 2024, FEVE a levé 19 millions d’euros et accompagné 24 nouvelles installations.
Simon Aussems en a bénéficié. En mai 2023, ce Mayennais s’est installé à la ferme de Coutemillière, sur 50 hectares dont 22 de noisetiers. Le bien était affiché à 650 000 euros, hors de portée pour lui. Grâce à la foncière, il apporte 2,5 % des parts ; FEVE finance le reste. Il pourra racheter dès la septième année.
Un réseau vieux de 45 ans
De l’autre côté de la table, Valentin Cézé, chargé de mission commercialisation bio à la Fédération nationale de l’agriculture biologique (FNAB). Le réseau GAB-FNAB existe depuis 1978. Il est structuré à l’échelon départemental, régional et national. Sa mission : développer l’agriculture biologique, construire des filières et accompagner les agriculteurs conventionnels vers la conversion.
Valentin Cézé pilote la commission « Futur Bio », dédiée à l’installation, la transmission et l’enseignement agricole. Son quotidien, c’est l’accompagnement technique post-installation et le travail en groupes de pairs.
« L’important, c’est de ne pas rester seul sur sa ferme. C’est de partager les connaissances », dit-il.
L’idée : permettre aux nouveaux venus de bénéficier de 40 ans d’expérience accumulée par leurs aîné.e.s. Pour éviter les erreurs et tenir dans la durée.
Florie Glodt en témoigne. Installée en avril 2023 dans l’Oise, cette maraîchère bio n’avait aucune formation agricole. Son tuteur, Cédric Boutillier, maraîcher voisin installé depuis 2019, la conseille sur le réglage des machines ou le calendrier des semis.
« J’ai davantage confiance dans mes choix », dit-elle. Lui aussi y gagne. « Discuter à deux pousse à évoluer », constate Cédric Boutillier dans La France Agricole.
Une complémentarité évidente
Le partenariat entre les deux structures était évident. FEVE finance le foncier, tandis que la FNAB accompagne techniquement les exploitants. Leur but : mettre en relation les porteurs de projets qui frappent aux portes du réseau FNAB avec les fermes que FEVE cherche à repeupler.
Il y a urgence. Beaucoup d’exploitations se libèrent sans repreneur solvable en face. Dans les zones de grandes cultures, notamment dans la moitié nord de la France, la pression foncière est forte. Les SAFER, qui ne contrôlent qu’une fraction des transactions, ne suffisent pas.
« Il y a des fermes qui se libèrent, mais elles sont trop chères pour les porteurs de projets », constate Valentin Cézé. Les moyens financiers de FEVE permettent d’intervenir là où les jeunes ne peuvent pas.
La bio comme socle, pas comme plafond
Les deux structures partagent un positionnement clair : le label agriculture biologique est le point de départ, pas l’horizon. Pour FEVE, les agriculteurs installés s’engagent à obtenir la certification bio dans les cinq ans suivant leur installation.
« Le socle pour nous, c’est la bio », affirme Simon Bestel.
Et l’ambition va plus loin. La foncière vise à terme l’agriculture biologique de conservation, combinant absence de pesticides et travail minimal des sols.
L’autonomie avant tout
Les deux interlocuteurs convergent sur un autre principe central : l’autonomie. Ni dépendance à l’aval, ni soumission aux fournisseurs d’intrants. « L’agriculteur doit être vraiment autonome pour prendre ses décisions », insiste Simon Bestel.
Valentin Cézé abonde, en ajoutant une dimension plus large : favoriser l’emploi en milieu rural, résister à la course au machinisme qui vide les campagnes. « Je préfère travailler avec mes salariés qu’avec mon tracteur », dit-il, lui-même maraîcher sur 3 hectares en Bretagne.
Sur les outils numériques et l’intelligence artificielle, le ton est prudent des deux côtés. La technologie peut aider mais elle ne doit pas supplanter le jugement paysan. « On ne doit pas être esclave du machinisme », tranche Valentin Cézé.
Un principe de sobriété qui vaut, finalement, comme fil rouge de tout le partenariat : aller loin ensemble, mais les pieds dans la terre.
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