Athena
Article · Mr Mondialisation

La lutte contre les incendies passe par la planification écologique

Mr MondialisationMr Mondialisation5 min de lecture
La lutte contre les incendies passe par la planification écologique
Source
Taille du texte

Avec le dérèglement climatique, les feux de forêt semblent voués à se multiplier chaque année en France et dans le reste du monde. Pourtant, ce phénomène s’avère également être un symptôme de l’impréparation du néolibéralisme et de son incapacité à penser le temps long.

Si les catastrophes existeront probablement toujours, la gestion des forêts françaises suscite néanmoins des interrogations tant le sujet reste encore négligé aujourd’hui. Mais face à un danger de plus en plus grand, il devient plus que nécessaire d’aborder la question sous l’angle de la planification écologique.

Une nouvelle réalité climatique

Chaque année, la situation climatique empire et les records tombent les uns après les autres. Au mois de mai 2026, près de 400 records de chaleur ont d’ailleurs été battus en France, avec des températures atteignant les 37 degrés.

Dans ce contexte, les sécheresses vont inévitablement se multiplier. Et si elles présentent un danger évident pour les besoins en eau, l’agriculture et la biodiversité, elles sont aussi le terreau parfait pour la prolifération de mégafeux.

Les incendies ne sont plus l’apanage des régions du Sud. Les événements récents, tels ceux survenus dans la forêt de Fontainebleau, ont rappelé que l’ensemble de l’Hexagone est concerné par la menace.

Des politiques contre-productives

Si les activités humaines engendrant le dérèglement climatique sont évidemment les responsables, la course en avant tels que le manque de préparation et la gestion des forêts, doit également être pointée du doigt.

La transformation progressive des forêts en monocultures d’arbres est déjà reconnue comme un risque supplémentaire. En effet, un groupe d’arbres d’âge et d’essence similaires est particulièrement sensible au feu. L’abondance de conifères, très prisés par l’industrie du bois pour leur pousse rapide, est aussi très propice aux flammes.

Des sols particulièrement maltraités

En outre, les coupes rases, fréquemment utilisées par l’industrie, saccagent les sols en détruisant toute vie en leur sein. De plus, les friches qui remplacent les terrains nus pendant les premières années sont particulièrement inflammables. À l’inverse, les grands arbres favorisent, la pénétration de l’eau dans la terre, ce qui les rend moins secs.

Il est vrai que les incendies peuvent être dus à un manque d’entretien des forêts. Si le débroussaillement constitue une mesure de prévention reconnue, notamment autour des habitations, des routes et des infrastructures, son objectif est de limiter la quantité de végétation combustible afin de ralentir la propagation des flammes, et non d’ouvrir les forêts au public, car 90 % des départs de feu sont dus à l’être humain.

Sortir de la logique de rentabilité

Comme tous les domaines de la société, la gestion des forêts est soumise à la même logique financière. Ainsi, malgré la multiplication des incendies et les promesses accumulées au fil des ans, le budget public alloué à cette branche ne cesse de dégringoler. L’Office national des forêts (ONF) est lui aussi assujetti à une cure d’austérité avec une perte d’un tiers de ses effectifs sur les vingt dernières années.

Le secteur privé, qui voit la forêt comme une simple ressource financière à exploiter, détient également sa part de responsabilité. L’État n’a, par ailleurs, rien fait pour interdire des pratiques écocidaires, telles les coupes rases, ou pour imposer la pluralité des essences associée à une gestion durable.

Mieux vaut prévenir que guérir

Mais face aux flammes, si l’on a pu déjà pointer du doigt des coupes budgétaires sur l’achat de canadairs, il est également essentiel de rappeler le rôle crucial de la prévention. Disposer des moyens pour lutter contre les feux reste important, mais éviter qu’ils ne se produisent l’est davantage.

L’augmentation des moyens alloués à l’ONF, ainsi qu’à la recherche publique (INRAE, CNRS, universités) sur les écosystèmes forestiers, pourrait faire partie des solutions afin de mieux accompagner l’adaptation des forêts au dérèglement climatique et de réduire leur vulnérabilité aux incendies.

Pour autant, il ne s’agit pas tant de « comprendre comment favoriser des forêts plus résilientes » que de donner les moyens de mettre en œuvre des connaissances déjà largement établies : diversification des essences, limitation des monocultures, restauration des sols, adaptation des pratiques sylvicoles et gestion durable des peuplements forestiers.

La prévention passe aussi par la sensibilisation du public et l’éducation afin de limiter au maximum les départs de feu involontaires dus à des comportements irresponsables, que ce soit de touristes ou de riverains. Elle suppose également des moyens suffisants pour les services de prévention, l’accompagnement social et le repérage des situations à risque.

L’indispensable planification

À l’image de la forêt, la lutte contre les incendies repose aussi sur le retour de politiques basées sur le temps long. Pour ce faire, il est nécessaire de rompre avec le culte de l’immédiateté et de la rentabilité propre au capitalisme néolibéral.

Dans cette optique, l’État doit remplir son rôle de gestionnaire, que ce soit dans l’urbanisme, les normes de constructions, la sensibilisation des populations et l’aménagement des territoires. Pour y parvenir, une coordination entre habitants, communes et services de secours demeure cruciale.

Néanmoins, cette gestion sur le temps long passe, en premier lieu, par la lutte contre le dérèglement climatique, mais aussi par des politiques sérieuses sur l’eau, la biodiversité, l’agriculture et les sols. En outre, il est inévitable de légiférer pour réguler l’appétit des entreprises privées les plus voraces.

Rendre sa place à la nature

Enfin, ce sujet pose également la question de la place des écosystèmes non-humain dans un monde où une part de l’humanité veut tout contrôler, posséder et cloisonner. Pendant des millions d’années, avant même l’apparition de notre espèce, la forêt s’est pourtant gérée seule, sans intervention.

Si ces considérations peuvent paraître utopiques dans une société telle qu’elle est aujourd’hui, il serait malgré tout légitime de réclamer plus de territoires vierges de toute présence humaine, comme c’est le cas dans la réserve du Lauvitel.

Simon Verdière


Photo de couverture : Un canadair CL-415 dans les Alpes Maritime en mai 2014. Wikimedia.

Contenu publié par Mr Mondialisation. Soutenez les médias libres en consultant la source originale.

Commentaires

Aucun commentaire pour l'instant. Soyez le premier à réagir.