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Après le Liban, Netanyahou veut-il porter la guerre en Syrie ?

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Après le Liban, Netanyahou veut-il porter la guerre en Syrie ?
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À deux mois des élections législatives, Benyamin Netanyahou cherche-t-il à provoquer l’ouverture d’un nouveau front en Syrie ? La frappe israélienne contre la base d’Abu al-Duhur (nord, proche d’Idlib) a été justifiée par la supposée présence de forces turques en territoire syrien. Elle s’inscrit dans une série de provocations contre la Syrie (régulièrement bombardée) et contre la Turquie (son chef d’Etat été récemment qualifié de dictateur antisémite par Benjamin Netanyahou), alors que le Likoud effectue de mauvaises performances sondagières. La coalition au pouvoir semble bien miser – une fois de plus – sur l’embrasement du Moyen-Orient comme stratégie électorale. Mais elle pourrait être prise à son propre jeu. Après près de trois ans d’escalade sur trois fronts majeurs, le militarisme n’est plus le monopole de la droite : une majorité d’Israéliens, bien au-delà du Likoud, souhaite voire se poursuivre les affrontements.

Le 18 août, l’aviation israélienne frappait la base militaire d’Abu al-Duhur, dans la province d’Idlib, au nord-ouest de la Syrie. Selon Tel-Aviv, le site était susceptible d’accueillir des forces turques. Le premier ministre Benyamin Netanyahou revendiquait deux jours plus tard l’opération : « nous ne tolérerons pas un enracinement militaire turc progressif vers le sud », a-t-il déclaré à la radio militaire.

L’épisode est révélateur de la nouvelle géographie des menaces que le gouvernement israélien s’emploie à construire. Depuis la chute de Bachar Al-Assad en décembre 2024, Israël mène régulièrement des opérations en Syrie. L’armée israélienne a détruit une grande partie des capacités militaires héritées de l’ancien régime et s’est déployée au-delà de la zone de séparation du Golan. Elle a encore frappé Damas en mai et juillet 2025, puis plusieurs cibles syriennes au cours des mois suivants.

En apparence, Netanyahou dispose d’un atout de poids : l’opinion israélienne reste largement favorable à la poursuite des opérations militaires.

La frappe du 18 août 2026 présente toutefois une particularité : c’est la première fois depuis mars qu’Israël prend officiellement pour cible une installation militaire du gouvernement syrien. Les précédents tirs concernaient des groupes armés (ou supposés tels), dans la province de Soueïda ou à proximité du Golan occupé. Du reste, Israël a cette fois porté la frappe à proximité de la frontière turque – à 70 kilomètres du pays seulement -, au lieu des traditionnelles régions du sud de la Syrie.

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Après l’Iran, le Hezbollah et le Hamas, la Turquie apparaît désormais comme un acteur susceptible de justifier une intervention israélienne sur le terrain syrien. L’émissaire américain pour la Syrie, Tom Barrack, a contesté publiquement la justification avancée par Tel-Aviv, affirmant que la frappe d’Abu al-Duhur avait pu viser un site où aucune installation militaire turque n’était prévue. L’opération aurait en outre été menée sans avertissement préalable à Washington, selon lui – ce que le ministre israélien de la défense Israel Katz a démenti. Israël chercherait-elle à exporter en Syrie une méthode éprouvée au Liban – consistant à saborder des accords par des bombardements supposément préventifs ?

Au Liban, un accord-cadre négocié sous médiation américaine avait été conclu fin juin afin de créer deux « zones pilotes » dans le sud du pays, où l’armée libanaise devait prendre le relais avant un retrait israélien. Un sixième puis septième tours de négociations se sont tenus à Rome en juillet et en août. Pourtant, les bombardements israéliens sont poursuivis. Le 15 août, au moins onze personnes ont été tuées en une journée dans le sud du Liban, lors de la plus importante série de frappes depuis le renouvellement du cessez-le-feu en juin. Fin août, l’armée israélienne occupait toujours plusieurs dizaines de villages libanais à l’intérieur de la zone tampon qu’elle s’est elle-même fixée.

Netanyahou refuse par ailleurs de fixer une date pour la prochaine étape des discussions avec Beyrouth. Selon L’Orient Le-Jour, Tel-Aviv entend poursuivre ses opérations dans le secteur d’Ali al-Taher avant d’accepter une nouvelle séquence diplomatique.

Une élection qui se présente mal

La temporalité n’a rien d’anodin : ces décisions interviennent à deux mois des élections législatives israéliennes du 27 octobre. Et Netanyahou aborde le scrutin dans une position beaucoup moins confortable qu’il ne le laisse entendre. Les sondages disponibles à la mi-août créditent son bloc de 49 à 53 sièges, contre 68 actuellement. Il faut 61 députés pour obtenir une majorité. L’opposition peut, selon les configurations, atteindre 67 à 70 sièges. L’ancien chef d’état-major Gadi Eisenkot devance Netanyahou dans plusieurs indicateurs de popularité.

Le problème est également interne au Likoud : les élections primaires du parti, organisées le 17 août, ont exposé le décalage entre une base militante très droitière et un électorat plus large dont une partie s’est éloignée de Netanyahou depuis le 7 octobre 2023. Une enquête citée par Reuters indique que 54,9 % des électeurs du Likoud souhaitent un gouvernement centriste, quand seul un tiers des membres du parti partagent cette préférence. Cette critique de la droitisation du Likoud porte cependant bien davantage sur des questions de politique intérieure (séparation des pouvoirs et libertés individuelles) que sur des enjeux de politique étrangère.

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En la matière, Netanyahou dispose en apparence d’un atout de poids : l’opinion israélienne reste largement favorable à la poursuite des opérations militaires. En avril, 69 % des personnes interrogées par l’Institute for National Security Studies souhaitaient que la campagne contre le Hezbollah se poursuive, même indépendamment de la guerre contre l’Iran. Ce bellicisme se convertit-il mécaniquement en votes pour Netanyahou ? C’est, sans aucun doute, le pari de la coalition au pouvoir.

En échange de la levée des sanctions, l’ancien leader de la fraction syrienne d’Al-Qaïda avait abandonné l’essentiel de ses objectifs géopolitiques

Mais plusieurs éléments permettent de nuancer un lien causal aussi mécanique. Le cas du nord du pays est particulièrement révélateur. Une enquête d’Agam Labs publiée en juin montrait que seuls 23 % des électeurs de cette région envisageaient de voter pour le Likoud, contre 35 % lors des élections de 2022, alors même que les habitants du Nord réclament une action plus dure contre le Hezbollah. Dans l’ensemble du pays, le soutien à l’intensification des opérations demeure plus élevé parmi les partisans du camp gouvernemental – 90 % des électeurs – que parmi ses opposants – 65 %. Pour autant, la guerre sans fin a cessé d’être l’horizon de la seule droite israélienne.

Produire de la menace

Le phénomène est suffisamment visible pour inquiéter jusqu’à Washington. Le 23 août, Haaretz décrivait la stratégie syrienne de Netanyahou comme une réponse à ses difficultés électorales et faisait état d’un différend avec l’administration Trump. Le Financial Times rapportait de son côté que Tom Barrack soupçonnait la frappe d’Abu al-Duhur d’avoir eu une dimension politique destinée à provoquer une confrontation avec la Turquie et à renforcer Netanyahou à l’approche du scrutin.

Nul besoin, pour la coalition au pouvoir, d’atteindre un quelconque objectif stratégique : il lui suffit de présenter une menace qui soit suffisamment crédible pour l’électorat. Ou de la créer de toutes pièces. Jusqu’à présent en effet, le gouvernement syrien d’Ahmed al-Sharaa, arrivé au pouvoir avec le soutien de Washington, n’avait pas peu fait pour lui complaire.

En échange de la levée des sanctions, il s’était plié à l’essentiel de ses demandes en matière de politique régionale. Le 27 août, il était filmé en train d’utiliser une carte Visa en Syrie : les sanctions contre les paiements bancaires étaient désormais terminés. Une telle normalisation des relations syro-américaines avait impliqué, pour l’ancien leader de la fraction syrienne d’Al-Qaïda, l’abandon de l’essentiel de ses objectifs géopolitiques. En particulier ses menaces contre Israël. Face à l’occupation du Golan par l’Etat hébreu, et l’incursion régulière des forces armées israéliennes dans les provinces de Quneitra et Daraa, Ahmed al-Sharaa n’a opposé que des protestations de principe. Les frappes israéliennes contre la Syrie, à l’inverse, sont susceptibles de réactiver l’horizon antisioniste qu’Al-Sharaa promettait originellement à ses troupes.

Par ses attaques unilatérales contre le Liban et l’Iran, Netanyahou aura réussi à les faire apparaître comme des menaces de premier ordre pour l’électorat israélien. Il semble poursuivre une stratégie similaire à l’encontre de la Syrie et de l’Iran. S’il est peut-être trop tard pour changer la donne aux yeux d’un électorat qui lui est de plus en plus hostile, les actions qu’il mène contre ses voisins du nord engageront l’Etat d’Israël.

Il s’agira peut-être de l’héritage politique le plus durable de Netanyahou : même s’il perd les élections du 27 octobre, son successeur héritera d’un appareil militaire déployé sur plusieurs théâtres. Il sera captif d’un appareil de sécurité qui ne voit dans l’environnement régional qu’une série de menaces à combattre. Et d’une opinion publique qui associe la survie de l’Etat d’Israël à une militarisation sans fin.

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