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Pro-nationalisations, pro-Israël ? Qui est vraiment Andy Burnham ?

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Pro-nationalisations, pro-Israël ? Qui est vraiment Andy Burnham ?
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Confronté à une impopularité record, Keir Starmer, tenant d’une ligne blairiste autoritaire, a annoncé sa démission du poste de Premier ministre britannique. Les députés travaillistes, qui détiennent une majorité à Westminster, ont déjà choisi son successeur : Andy Burnham, jusqu’à récemment maire du Grand Manchester et figure de la gauche modérée. S’il défend un plus grand interventionnisme public dans l’économie et a pris des positions remarquées durant sa carrière, son passé dans les gouvernements Blair et Brown indiquent une forme de continuité avec la ligne ayant envoyé le Labour à l’abîme. Le profil de ses soutiens et son rapport ambigu sur le génocide à Gaza interrogent également. Qui est vraiment le futur locataire du 10 Downing Street ? [1]

Andy Burnham, surnommé le « roi du Nord », devrait devenir le prochain Premier ministre britannique. Après le désastre électoral local subi par le Parti travailliste lors des élections locales de mai, le maire du Grand Manchester vient de remporter l’élection partielle de Makerfield, organisée spécialement pour lui permettre de faire son retour au Parlement et de défier Keir Starmer, profondément impopulaire, pour le poste de Premier ministre. 

[Les statuts du Labour Party, actuellement au pouvoir, obligent tout prétendant à sa direction à être élu parlementaire, ce qui n’était plus le cas d’Andy Burnham. Après une première tentative ratée à cause de manoeuvres de Keir Starmer, il est parvenu à faire démissionner le député travailliste de Makerfield, à obtenir l’investiture de son parti, puis à gagner haut la main avec 54,8% des voix, contre 34,5% pour son adversaire d’extrême-droite, ndlr.]

Avec Makerfield à son actif, le politicien le plus populaire du Parti travailliste est bien placé pour se lancer pour la troisième fois de sa carrière dans la bataille pour la direction du Labour Party – et, si les sondages se révèlent exacts, pour en sortir vainqueur pour la première fois. Mais Burnham est-il la réponse aux malheurs du Parti travailliste et un allié potentiel de la gauche, ou n’est-il qu’un énième caméléon centriste qui penchera de plus en plus à droite dès qu’on lui aura remis les clés de Downing Street ?

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Burnham, qui a occupé des postes ministériels sous Tony Blair et Gordon Brown entre 2005 et 2010, et a fait partie des gouvernements fantômes d’Ed Miliband et de Jeremy Corbyn (il est de coutume au Royaume-Uni que le principal parti d’opposition forme un gouvernement fantôme préfigurant l’équipe de gouvernement en cas de victoire, ndlr), possède au moins quelques références de gauche modérée. 

En 2009, alors ministre de la Culture sous le gouvernement Brown, il a été chahuté lors d’une cérémonie commémorative de la catastrophe de Hillsborough (bousculade dans un stade de foot à Liverpool en 1989 ayant entraîné la mort de 97 personnes dans des circonstances obscures, ndlr), ce qui l’a conduit à convaincre le gouvernement de lancer une deuxième enquête sur cette tragédie. En 2016, il reçoit une ovation à la Chambre des communes après avoir qualifié la police du South Yorkshire de « pourrie jusqu’à la moelle » à la suite du verdict de l’enquête judiciaire qui avait conclu que les victimes de la catastrophe avaient été tuées illégalement, ainsi que pour avoir dénoncé la dissimulation des faits comme ayant été « orchestrée dans les salles de commission de cette Chambre et dans les salles de presse du 10 Downing Street ».

La même année, en tant que ministre de l’Intérieur fantôme de Corbyn, Burnham demande l’abandon de la stratégie « toxique » du gouvernement intitulée « Prevent », qualifiant l’obligation de signaler les signes de radicalisation d’« équivalent moderne de l’internement en Irlande du Nord » (ce plan était considéré islamophobe par ses détracteurs et créait un climat de suspicion à l’égard des musulmans d’après la gauche, ndlr).

En se positionnant comme le défenseur du Nord face au copinage de Westminster, Burnham s’est attiré une grande sympathie auprès des électeurs vivant au nord de l’autoroute M25 (périphérique londonien, ndlr). Élu pour la première fois maire du Grand Manchester en 2017, il a depuis été réélu à deux reprises, chaque fois avec plus de 60 % des voix. Parmi ses réussites à ce poste, on peut citer des mesures populaires et pleines de bon sens, telles que le plafonnement à 2 £ du prix des tickets de bus, qu’il pourrait étendre à l’échelle nationale s’il était élu à la tête du Parti travailliste, et la création du « Bee Network », un réseau intégré et géré par les pouvoirs publics regroupant bus, tramways et pistes cyclables (les réseaux de transport intégrés et publics sont rares au Royaume-Uni en raison des privatisations opérées par Margareth Thatcher, ndlr).

Pendant la pandémie, Burnham a vivement critiqué le gouvernement de Boris Johnson pour son soutien insuffisant aux habitants du Nord, ce qui lui a finalement permis d’obtenir davantage de financements pour la région et de se voir attribuer le surnom, inspiré de « Game of Thrones », de « Roi du Nord ». La promesse électorale la plus médiatisée de Burnham lors de la campagne pour la mairie – mettre fin au sans-abrisme d’ici 2020 – s’est toutefois avérée bien plus difficile à tenir.

En ce qui concerne ses alliés, Burnham entretient des relations étroites avec le secrétaire d’État à l’Énergie, Ed Miliband, sans doute le membre le plus à gauche du gouvernement de Starmer. Celui-ci conseillerait Burnham en matière de politique budgétaire et pourrait devenir son chancelier de l’échiquier (ministre de l’Economie et des Finances, ndlr). Cependant, Burnham est en désaccord avec Miliband sur l’objectif de zéro émission nette, affichant une nouvelle « ouverture d’esprit » quant à la poursuite des forages pétroliers et gaziers en mer du Nord.

Depuis l’annonce de sa candidature à la direction du parti, Burnham s’en est pris aux « 40 ans de politique économique du ruissellement », promettant de mettre fin à la privatisation des services essentiels, à l’austérité et à la dérégulation.

Depuis l’annonce de sa candidature à la direction du parti, Burnham s’en est pris aux « 40 ans de politique économique du ruissellement », promettant de mettre fin à la privatisation des services essentiels, à l’austérité et à la dérégulation. Au cœur du programme de Burnham figure le retour de l’eau et de l’énergie dans le giron public, d’après ses alliés. « Quand Andy dit qu’il veut que le public ait le contrôle sur “les éléments essentiels de la vie”, nous devons le croire. Il est tout à fait sérieux », a déclaré une source proche de Burnham. Mais son engagement à respecter les règles budgétaires du Parti travailliste pourrait entraîner les mêmes revirements et la même inertie en matière d’austérité que ceux observés sous le mandat très impopulaire de Starmer. 

La campagne de  l’élection partielle de Makerfield a été marquée par des positions politiques clairement orientées à droite de la part du camp de Burnham, notamment la confirmation qu’il soutiendra les réformes draconiennes en matière d’immigration de la ministre de l’Intérieur Shabana Mahmood, qui prévoient notamment la suppression du statut de réfugié permanent. Une annonce qui a suscité de vives critiques de la part de Diane Abbott, députée indépendante de Hackney North et Stoke Newington, qui a déclaré sur X : « Voici le nouveau patron, identique à l’ancien. »

Peut-être en réponse au surnom d’« Andy des frontières ouvertes » que lui a donné Reform UK (parti d’extrême-droite de Nigel Farage, en tête des sondages, ndlr), Burnham est également revenu sur ses précédents appels à supprimer la restriction dite « d’interdiction d’accès aux fonds publics » imposée aux personnes s’installant au Royaume-Uni, qui les empêche de bénéficier des prestations sociales ou d’un logement social avant de se voir accorder le statut de résident permanent – un facteur clé de l’itinérance. Il y a deux semaines, Burnham a déclaré que la Grande-Bretagne devait « recourir davantage » aux centres de rétention pour immigrés, une mesure dont les associations de défense des droits de l’homme soulignent depuis longtemps qu’elle entraîne un coût humain et financier élevé

Josh Simons, l’ancien député de Makerfield qui s’est retiré pour laisser la place à la candidature de Burnham, constitue également une source potentielle d’inquiétude parmi les électeurs de gauche. Simons, qui était directeur du think tank de droite Labour Together lorsque celui-ci a payé une société américaine pour espionner et diffamer des journalistes, travaillerait actuellement sur les orientations politiques de Burnham et serait pressenti pour faire partie de son futur gouvernement… Les principaux conseillers de Burnham auraient également proposé à Mahmood le poste de chancelière, alors que cette dernière a déclaré que sa vision du système pénal britannique était celle d’un panoptique piloté par l’IA, semblable à Minority Report.

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Au cours de la campagne électorale de Makerfield, Burnham a déclaré qu’il estimait que la politique « avait besoin de moins de divisions et de moins de factionnalisme », et que certains membres de gauche, tels que Faiza Shaheen et Jamie Driscoll, n’auraient jamais dû être exclus du Parti travailliste. Il s’est toutefois refusé à faire preuve de la même courtoisie envers Corbyn

Burnham, aux côtés du maire de Londres Sadiq Khan et du chef du Parti travailliste écossais Anas Sarwar, s’est écarté de la ligne de la direction de Westminster pour appeler à un cessez-le-feu à Gaza dès la fin octobre 2023. Mais début juin 2026, il a refusé de qualifier de génocide l’offensive militaire israélienne en cours contre Gaza – bien qu’elle ait été déclarée comme telle par l’Association internationale des spécialistes du génocide, une référence mondiale en la matière.

Burnham a déclaré au Guardian : « Je suis préoccupé par le caractère disproportionné des destructions qui ont eu lieu, et il faut qu’une enquête approfondie soit menée et que les responsables rendent des comptes. » Il semble toutefois peu probable que ce processus complet d’enquête et de responsabilisation tienne compte de la complicité du gouvernement britannique dans le génocide perpétré par Israël. Corbyn a écrit à Burnham le mois dernier pour lui demander si, en tant que Premier ministre, son gouvernement mettrait en place une enquête publique complète et indépendante sur le rôle de la Grande-Bretagne dans les opérations israéliennes à Gaza, mettrait fin à toute coopération militaire avec Israël et imposerait des sanctions à ce pays. À ce jour, Burnham n’a pas répondu.

Si Burnham ne parvient pas à prouver qu’il est fondamentalement différent, les électeurs progressistes ne reviendront pas vers le Labour.

Bien qu’il se soit rendu en Cisjordanie occupée avec les « Labour Friends of Palestine » en 2012, Burnham est membre des « Labour Friends of Israel » depuis 2015 et avait à l’époque déclaré, lors de sa campagne pour la direction du parti (il perdra face à Corbyn, ndlr), que sa première visite d’État serait en Israël. Il a également qualifié de « malveillante » la campagne mondiale pacifique de boycott, de désinvestissement et de sanctions (BDS). 

Enfin, le bilan de Burnham en matière de politique étrangère porte également la marque de sa décision de voter en faveur de la guerre en Irak en 2003 lorsqu’il était député, et à deux reprises contre l’ouverture d’une enquête. Face aux reproches qui lui avaient été adressés sur ce point en 2015, il avait alors déclaré qu’« il n’y avait pas de réponse facile » à la question de savoir si le Royaume-Uni devait envahir illégalement un pays souverain…

L’incapacité de Starmer à apporter le changement après 14 ans d’austérité conservatrice, conjuguée à la répression autoritaire de la liberté d’expression et de réunion ainsi qu’à la complicité dans le génocide à Gaza, a rendu l’image du Parti travailliste toxique aux yeux de nombreux électeurs progressistes, qui lui préfère de plus en plus les Verts. Si Burnham ne parvient pas à prouver qu’il est fondamentalement différent, ces électeurs ne reviendront probablement pas.

[1] Article originellement publié par notre partenaire Novara Media, traduit et édité par William Bouchardon.

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