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Le non-alignement, nouveau clivage pour la présidentielle ?

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Le non-alignement, nouveau clivage pour la présidentielle ?
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Moyen-Orient à feu et à sang, nouveau choc pétrolier, guerre d’usure entre la Russie et l’Ukraine, interventionnisme belliqueux de Donald Trump, guerre commerciale… Le contexte international pèsera comme une chape de plomb sur la prochaine élection présidentielle. Face au spectacle d’impuissance de leur pays sur la scène mondiale, les Français hésitent sur la réponse à apporter. Entre un large bloc centriste qui ne voit de salut que dans l’Europe et un Rassemblement national qui cherche la bonne distance face à Donald Trump, deux personnalités tentent de faire entendre une autre voix : Dominique De Villepin et Jean-Luc Mélenchon. Le succès respectif qu’ils rencontrent fait état de la nostalgie d’une bonne partie des Français pour une politique de non-alignement.

Grands sommets internationaux à Paris, multiplication des déplacements à l’étranger, volontarisme pour soutenir l’Ukraine coûte que coûte… Cherchant à s’extraire du chaos politique qu’il a lui-même créé et de la colère profonde qu’il suscite chez les Français, Emmanuel Macron a beaucoup investi le champ international depuis la dissolution de 2024. Ce « domaine réservé » est en effet le seul où le pouvoir du Président de la République reste intact. Mais avec quels résultats ? 

L’effondrement de la puissance française

Si le chef de l’Etat continue à mettre en scène son hyperactivité, parfois au mépris des usages diplomatiques comme lorsqu’il se fait filmer en pleine conversation téléphonique avec son homologue américain, ce n’est que pour mieux cacher son bilan désastreux sur la scène internationale. Certes, le déclin de la puissance de la France a débuté il y a plus longtemps, le dernier coup d’éclat – le « non » à la guerre en Irak – remontant à presque un quart de siècle. Mais ce déclin s’est clairement accéléré durant la dernière décennie, dans toutes les régions du monde. En Europe d’abord, où la parole de la deuxième économie du continent est désormais ouvertement méprisée sur un sujet aussi essentiel que l’accord de libre-échange avec le MERCOSUR. La volonté de Macron de prendre le relais des Etats-Unis dans le soutien à l’Ukraine cache quant à elle une absence totale de stratégie, puisque tout dialogue avec l’adversaire est proscrit. Résultat : c’est toujours Trump qui « gère » les négociations avec Vladimir Poutine et le charnier du Donbass se poursuit.

Au Moyen-Orient ensuite : l’absence de toute sanction envers Israël et ses dirigeants commettant un génocide à Gaza depuis deux ans et demi a détruit toute la crédibilité du discours diplomatique français. Après ses promesses mensongères de reconstruire Beyrouth après l’explosion du port en 2020, Macron abandonne maintenant le Liban, allié traditionnel de la France dans la région, sous les bombes de Netanyahou. Ailleurs dans le Golfe, il en est réduit au rôle de figurant, tout comme Keir Starmer et Friedrich Merz, avec lesquels il partage une côte de popularité exécrable et une passion pour les communiqués diplomatiques insipides affirmant la « plus grande préoccupation » sans jamais agir. En Afrique, la France paie le prix de décennies de mépris et d’exploitation qui ont fini par lui revenir en boomerang : les relations exécrables avec l’Algérie, les coups d’Etat au Sahel entre 2021 et 2023 et l’élection du souverainiste Diomay Faye au Sénégal en 2024 ont montré l’ampleur du rejet de l’ancienne puissance coloniale. Privée de bases militaires au Mali, au Niger, au Tchad, au Burkina Faso, au Sénégal et bientôt en Côte d’Ivoire et au Gabon, la France ne peut plus compter que sur celle de Djibouti, dépendante de l’alliance avec un dictateur bientôt âgé de 80 ans.

Au ton feutré des ambassadeurs ont succédé les coups de com hasardeux, alimentant les comparaisons entre Macron et l’agent OSS 117, dont l’orgueil et la prétention n’ont d’égal que le ridicule qu’il suscite.

L’Amérique latine a quant à elle été superbement ignorée durant tout son premier mandat et le second restera marqué par le soutien de Macron au kidnapping de Nicolas Maduro, que Trump s’est empressé de retweeter. Quant à l’Asie, à part les ventes de Rafale à l’Inde, on peine à trouver une réussite marquante des efforts du Président pour se tourner vers le nouveau centre de l’économie mondiale. Pendant que les Premiers ministres espagnol et canadien multiplient les déplacements en Chine, les relations entre l’Hexagone et la première puissance économique mondiale semblent faire du surplace. Enfin et surtout, on retiendra les nombreuses humiliations infligées par Donald Trump, certes expert en la matière avec tous ses homologues. La soumission à tous les caprices du suzerain américain n’a fait que renforcer ses exigences et son mépris. Alors qu’elle se retrouve entraînée dans la chute de l’empire américain, la France voit son réseau diplomatique, longtemps un des meilleurs du monde, fragilisé par la suppression du corps diplomatique. Au ton feutré des ambassadeurs ont succédé les coups de com hasardeux, alimentant les comparaisons entre Macron et l’agent OSS 117, dont l’orgueil et la prétention n’ont d’égal que le ridicule qu’il suscite. C’est peut-être l’Ukraine, priorité internationale du second mandat, qui résume le mieux comment la France est perçue à l’étranger : le verbe « macroner » y décrit le fait de se montrer inquiet d’une situation, mais de ne rien faire

Sans l’Europe, point de salut ?

Face à cet effondrement du rayonnement français à l’international, de très nombreuses voix plaident pour faire de l’Union européenne le nouveau vecteur de puissance. Une idée vieille de près d’un siècle, qui a conduit à de très nombreux transferts de souveraineté, notamment sous la présidence de François Mitterrand. Sous l’influence de très nombreux think tanks, comme les fondations Jacques Delors et Robert Schuman, ou d’espaces intellectuels comme la revue Le Grand Continent, proche des réseaux macronistes, le renforcement de l’UE pour en faire un État fédéral est vu par nombre de personnalités politiques comme le seul horizon possible. Aux vieux débats sur le renforcement des capacités budgétaires de l’Union via des ressources propres et l’émission de dettes communes s’est ajouté depuis la guerre en Ukraine la question d’une armée européenne. Certes, aucun chef d’Etat européen ne plaide ouvertement en ce sens, mais les synergies en matière de production d’armes et les opérations militaires conjointes sont sur toutes les lèvres. La « coalition des volontaires » créée pour pallier au désengagement partiel des Américains envers Kiev n’hésite d’ailleurs plus à évoquer l’envoi potentiel de soldats européens sur le front Est. Macron a aussi récemment proposé une « dissuasion nucléaire avancée » associant d’autres États européens aux exercices de dissuasion et des « déploiements de circonstance » chez nos voisins, premiers pas vers un véritable partage du parapluie nucléaire français.

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Mais les discours martiaux et la hausse des dépenses militaires sur tout le Vieux continent masquent mal une absence criante de stratégie : comment s’émanciper des Etats-Unis quand ils fournissent 64% des armes importées en Europe entre 2020 et 2024 et peuvent clouer au sol les F-35 de leurs « alliés » grâce à leur domination technologique ? Comment sortir de la boucherie humaine en Ukraine en refusant tout dialogue avec la Russie ? Surtout, comment concilier des intérêts nationaux divergents ? Si le véto hongrois sur le prêt européen à l’Ukraine est tombé avec la défaite électorale de Viktor Orbán, que faire de l’opposition de la Belgique à la saisie des avoirs russes ? Et comment concilier les discours guerriers et très pro-américains de nombreux chefs d’Etat avec le refus du Premier ministre espagnol Pedro Sánchez de soutenir la guerre illégale menée par les Américains et les Israéliens en Iran ou d’augmenter son budget militaire à 5% du PIB

Autant de questions brûlantes auxquelles les partisans d’une Europe fédérale n’ont d’autre réponse que de piétiner la souveraineté nationale en adoptant plus de décisions européennes à la majorité qualifiée plutôt qu’à l’unanimité. Or, contrairement aux grands discours sur « l’autonomie stratégique », l’horizon européiste défendu par la plupart des élites françaises en matière de défense est une répétition directe de la Communauté européenne de défense. Écartée en 1954 par la France à la faveur d’une alliance entre gaullistes et communistes, ce projet prévoyait la création d’une armée commune de l’Europe des six sous contrôle de l’OTAN, donc de Washington. Il suffit aujourd’hui d’observer les choix diplomatiques de Kaja Kallas, haute représentante de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, ou la servilité du secrétaire général de l’OTAN (et ex-Premier ministre néerlandais) Mark Rutte vis-à-vis de son « daddy » Trump pour comprendre que ce projet n’est qu’une étape de plus dans la mise sous tutelle de l’Europe par les Etats-Unis.

Or, les intérêts de ces derniers vont directement à l’encontre de ceux des Européens. En faisant durer la guerre en Ukraine et maintenant en mettant à feu et à sang le Moyen-Orient, ceux-ci ont fait exploser le prix de l’énergie en Europe. L’industrie du Vieux continent est en plein effondrement, mais les producteurs américains de gaz de schiste engendrent des profits records grâce à leurs exportations. De même en matière commerciale : refusant toute confrontation avec Washington, l’UE a immédiatement cédé aux exigences de Trump et accepté d’ouvrir son marché sans taxer les produits américains alors que les exportations européennes devront s’acquitter de 15% de droits de douane. Après cette démonstration de force, l’UE a voulu rappeler son intransigeance : l’accord ne sera appliqué que si les Etats-Unis baissent les taxes sur certains produits à 15% comme l’acier et l’aluminium. Le secrétaire américain au commerce conditionne maintenant cet aspect à un affaiblissement de la réglementation des géants du numérique. A ce rythme, le Congrès américain rédigera directement les lois européennes dans quelques années.

En faisant durer la guerre en Ukraine et en mettant à feu et à sang le Moyen-Orient, les Etats-Unis ont fait exploser le prix de l’énergie en Europe. L’industrie du Vieux continent est en plein effondrement, mais les producteurs américains de gaz de schiste engendrent des profits records.

Malgré ce constat accablant d’une UE toujours plus inféodée aux Etats-Unis, une grande part de la classe politique défend coûte que coûte le renforcement de l’UE et de la relation transatlantique. Edouard Philippe défend ainsi « la création d’une initiative européenne sur le terrain » et l’envoi de troupes en Ukraine « pour installer des garanties de sécurité », reprenant la vision d’Emmanuel Macron. A droite, Bruno Retailleau dit vouloir faire primer les intérêts nationaux de la France, « qui n’est pas une ONG », avant de citer en exemple les accords de défense avec les monarchies du Golfe et de se montrer favorable à une coalition militaire pour faire tomber le régime des mollahs en Iran… Si le Parti socialiste et les écologistes critiquent plus volontiers le suivisme de l’UE sur les diktats de Trump, ce n’est que pour proposer de la renforcer et d’y intégrer l’Ukraine. De quoi consolider encore le bloc pro-américain au sein de l’UE, qui aura d’autant plus de possibilités de soutenir les guerres de Washington que tant Marine Tondelier que Raphaël Glucksmann veulent mettre fin à la règle de l’unanimité en matière de politique étrangère. 70 ans après la tentative de Communauté européenne de Défense, un large bloc du centre-gauche à la droite veut toujours déposséder la France de sa puissance militaire pour mieux renforcer une Union au service des Etats-Unis.

Le RN embarrassé par son soutien à Trump

Si l’extrême-droite ne partage pas cet horizon européiste, son positionnement international souffre d’une contradiction majeure sur son rapport au suzerain américain. Pour les auto-proclamés « patriotes » et « souverainistes », les intérêts de la France se confondent souvent avec ceux des Etats-Unis de Trump. Si Jordan Bardella n’a finalement pas fait le déplacement à Washington pour l’intronisation de Trump, il a  salué son « patriotisme» et le « vent de liberté qui souffle sur toutes les démocraties occidentales » lors de son retour au pouvoir en 2024. Une posture similaire à celles d’autres leaders européens d’extrême-droite, comme Nigel Farage (Reform UK), Santiago Abascal (Vox), Geert Wilders (PVV) ou Giorgia Meloni (Fratelli d’Italia). Autant de responsables politiques qui partage avec le Président américain une hostilité commune à l’immigration et aux contre-pouvoirs, une volonté de voir tomber les régimes de gauche latino-américains (notamment au Venezuela et à Cuba) et d’endiguer la puissance chinoise ou encore le soutien aux guerres menées par Benjamin Netanyahou.

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Mais Trump est devenu de plus en plus radioactif pour ses alliés européens. Sa volonté d’annexion du Groenland, son aventurisme guerrier en Iran et l’accord commercial totalement inégal imposé à l’UE ont obligé le RN à prendre ses distances avec le locataire de la Maison Blanche. Début février, Bardella était ainsi obligé de concéder que « Trump n’est pas [s]on modèle » et que les intérêts de la France s’opposent parfois à ceux des Etats-Unis. Il faut dire qu’avant même l’échec complet de la guerre en Iran, les opinions européennes étaient déjà très polarisées contre Trump. Fin janvier, l’institut Cluster 17 publiait ainsi un sondage auprès de 7500 personnes qui faisait transparaître une profonde hostilité au Président américain de la gauche radicale au centre-droit : de LFI aux macronistes, 85 à 95% n’hésitent pas à le qualifier d’ennemi. L’électorat RN était lui bien plus divisé, avec 20% le voyant comme un allié, 25% comme un ennemi et une grosse moitié qui refuse de choisir. Le déplacement de soutien de JD Vance à Viktor Orbán dans les derniers jours de la campagne électorale hongroise, qui n’a clairement pas aidé ce dernier à rattraper son retard dans les urnes, a sans doute été la goutte de trop. Désormais, l’extrême-droite préfère cacher cette proximité idéologique et stratégique avec celui qui est de plus en plus perçu comme un dictateur et un agent du chaos sur la scène internationale.

Cela deviendra-t-il un handicap pour Marine Le Pen ou Jordan Bardella ? Ce n’est pas certain, tant les motivations des électeurs RN dépassent la politique internationale et se fondent sur des raisonnements très ancrés autour de l’immigration, de l’assistanat ou du rejet des autres forces politiques. En revanche, cela peut jouer sur les électeurs dont le RN aura besoin, au-delà de son socle, s’il souhaite accéder au pouvoir. La question ne manquera d’ailleurs sûrement pas d’être mentionnée lors du débat de second tour. La proximité de l’extrême-droite française avec Netanyahou pourrait aussi devenir un problème, alors que trois quarts des Français sont favorables à des sanctions envers Israël afin de stopper le génocide à Gaza et sa stratégie de guerre avec plusieurs de ses voisins.

Dominique De Villepin : le gaullisme n’est pas encore mort

Si les crimes contre l’humanité commis par l’armée israélienne ont été très peu dénoncés à droite de l’échiquier politique, une figure fait exception : celle de Dominique de Villepin. Homme du « non » à l’invasion de l’Irak en 2003, l’ancien diplomate entend faire de sa posture de gaulliste expérimenté à l’international un atout pour une possible candidature. Sa défense du droit international, son refus de l’engrenage guerrier promu par les Etats-Unis et Israël, la demande de sanctions contre ce dernier et ses appels à reconstruire un véritable corps diplomatique l’ont en tout cas clairement aidé à se distinguer de ses concurrents de droite, voire à susciter une forme de sympathie dans l’électorat de gauche, comme en témoignent les applaudissements qu’il a reçus à la fête de l’Humanité en 2024. De fait, ses prises de position gênent son ancien parti, Les Républicains, en lui tendant un miroir cruel sur ce qu’il est devenu : un satellite de l’extrême-droite reprenant toutes les guerres culturelles les plus rances et un parti intellectuellement mort, qui n’a plus rien de gaulliste. Il y a 20 ou 30 ans, cette défense basique des institutions internationales, de la diplomatie et du multilatéralisme n’avait rien d’exceptionnel à droite. Force est de constater que de Villepin est aujourd’hui seul à porter cette ligne modérée.

Cette originalité à droite et l’aura indéniable dont il bénéficie, y compris à gauche, grâce à son coup d’éclat contre George W. Bush, suscite toujours de l’intérêt chez de nombreux Français qui reconnaissent chez lui des relents gaullistes et un certain charisme bourgeois. Mais s’il s’est beaucoup distingué du reste de la droite sur Gaza, sa vision reste finalement peu différente du reste de ses concurrents, puisqu’il entend rester dans l’OTAN et renforcer les compétences européennes en matière de défense. Selon lui, « l’Europe peut permettre de démultiplier la puissance de la France. Cela ne nous enlève pas de souveraineté, cela nous en rajoute. » Grand partisan du « Oui » au référendum de 2005 pour instaurer une Constitution européenne ultra-libérale, il n’a d’ailleurs toujours pas changé d’avis sur le sujet 20 ans après. Ironiquement, celui qui lui ressemble le plus aujourd’hui en matière de politique étrangère est un socialiste : le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez.

En affirmant l’impératif de l’indépendance française et en se rapprochant du courant des non-alignés, De Gaulle offrait à la France une voix particulière dont la parole résonnait dans le monde entier.

Le retour de Dominique de Villepin sur la scène politique témoigne en tout cas d’une certaine nostalgie gaulliste dans un champ très large de l’opinion, y compris auprès d’une partie de la gauche, qui l’a pourtant combattu il y a 20 ans lors de la privatisation des autoroutes ou du contrat première embauche (CPE). Il n’est pas surprenant que cette tradition résonne encore aujourd’hui : le programme de dissuasion nucléaire, la reconnaissance de la République populaire de Chine en 1964, la critique de la guerre du Vietnam depuis Phnom Penh (Cambodge) et la sortie du commandement intégré de l’OTAN en 1966 ou encore l’embargo sur les exportations d’armes vers Israël en 1967 après l’offensive de l’Etat hébreu envers ses voisins durant la guerre des Six jours sont autant de moments où la France s’est distingué de l’atlantisme de ses voisins et de la Quatrième République. En affirmant l’impératif de l’indépendance française et en se rapprochant du courant des non-alignés, De Gaulle offrait à la France une voix particulière dont la parole résonnait dans le monde entier. Tout l’inverse de la médiocrité actuelle d’un Emmanuel Macron ou d’un Jean-Noël Barrot, au mieux snobés, au pire méprisés par leurs homologues.

Le non-alignement insoumis séduira-t-il les Français ?

A gauche aussi, cet héritage gaulliste séduit. En affirmant la nécessité de la sortie de l’OTAN et en critiquant les pertes de souveraineté et de savoir-faire français dans les programmes d’armement européen, Jean-Luc Mélenchon reprend à son compte ce positionnement singulier. Il le met également à jour sur des sujets contemporains, comme le besoin de sortie des énergies fossiles pour renforcer la souveraineté française, la dénonciation de la transformation de la France en « colonie numérique » américaine ou à travers sa passion pour l’espace et les fonds marins, qu’il voit comme des « nouvelles frontières » à investir. Si les propos de Mélenchon sur l’international sont parfois un peu simplistes, comme lorsqu’il invite à comprendre les guerres en regardant la carte des pipelines, sa constance et la rupture qu’il propose avec l’ordre mondial actuel le distinguent nettement de ses concurrents qui naviguent à vue. Étant donné l’importance nouvelle de ces enjeux dans la campagne, il peut espérer capitaliser sur ce point. Le leader insoumis l’a bien compris et n’a pas choisi au hasard de dédier une très longue interview à LCI quelques jours après l’annonce de sa candidature uniquement sur les questions internationales. Il y a répété ses fondamentaux : sortie de l’OTAN, renforcement des instances onusiennes, volonté d’un accord scientifique et économique avec la Chine, garanties de sécurité mutuelles entre la Russie et l’Ukraine, sanctions contre Israël et diplomatie des « causes communes », notamment en matière climatique et spatiale. Il affiche quelques soutiens étrangers partageant sa vision du monde, notamment dans le Sud global, comme en témoigne son accueil par la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum, le président colombien Gustavo Petro, le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko ou par le président brésilien Lula.

Jean-Luc Mélenchon reprend à son compte ce positionnement gaulliste et le met à jour sur des sujets contemporains, comme la sortie des énergies fossiles, le numérique, l’espace ou les fonds marins.

Reste à convaincre les Français que cette doctrine est crédible à une époque où la puissance et le rayonnement de la France se sont singulièrement affaiblis. Néanmoins, la conjoncture pourrait lui être favorable : raillé quand il proposait une conférence sur les frontières de l’ancien bloc soviétique, cette proposition paraît aujourd’hui inévitable pour parvenir à la paix en Ukraine. De même, le mépris total de Donald Trump à l’égard de ses « alliés » et ses aveux réguliers où il explique faire la guerre pour capturer des ressources d’hydrocarbures accréditent les propos tenus par Mélenchon depuis des années. L’anti-américanisme n’a sans doute pas été aussi vivace en France depuis les années 1950-60, lorsque De Gaulle obligeait les Américains à évacuer leurs bases militaires dans l’Hexagone et que le Parti Communiste menait de grandes campagnes contre l’influence américaine, tant militaire que politique ou culturelle.

Reste que dans la perspective d’une très hypothétique prise de pouvoir, le détachement de l’emprise américaine n’aurait rien de mécanique. Comme Jean-Luc Mélenchon l’a reconnu sur LCI, tant la sortie de l’OTAN que la reconstruction de la souveraineté technologique de la France, qui fait par exemple appel à l’entreprise américaine Palantir pour les données extrêmement sensibles de la DGSI (renseignement intérieur), prendrait du temps. Le rapport ambigu à l’Union européenne de la France insoumise pourrait constituer une faiblesse : si Jean-Luc Mélenchon entend désobéir à certaines règles et exiger une renégociation des traités, il se refuse tout « Frexit » en cas d’échec. Or, dans une UE dominée par la droite radicale et les libéraux, une France qui voudrait changer de cap diplomatique manquerait d’alliés. Le degré de mondialisation, d’européanisation et de soumission à l’empire américain compliquent donc tout changement profond de la doctrine diplomatique de la France. Mais l’instabilité générale et les alliances au cas par cas permises par le monde multipolaires offrent aussi de nombreuses opportunités. Dans cette nouvelle ère, le non-alignement est bien plus pragmatique et plus prometteur que l’alignement sur l’empire américain dont l’agressivité croît à mesure qu’il décline.

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