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Trump II, an I : derrière le stratège funambule, les contradictions de l’empire

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Trump II, an I : derrière le stratège funambule, les contradictions de l’empire
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Pour la seconde fois de son mandat, Donald Trump aura bombardé la République islamique d’Iran – après le Venezuela, le Yémen, le Nigéria, la Syrie et la Somalie. Si le candidat républicain a fait campagne en promettant de « mettre fin aux guerres sans fin », le président Trump flirte avec une rhétorique de « changement de régime » pour l’Iran – qui rappelle furieusement celle de George W. Bush pour l’Irak. Tout en demeurant réticent à un engagement total de l’armée américaine. Au-delà du caractère imprévisible de Donald Trump, ses hésitations sur le cas iranien illustrent les contradictions d’une hégémonie américaine vacillante. Face au renforcement des BRICS et de leurs alliés, Donald Trump multiplie les mesures coercitives, militaires ou financières… rendues plus difficiles par une population fatiguée des aventures militaires.

Depuis son retour à la maison blanche, Donald Trump multiplie les outrances et remet brutalement en cause les fondamentaux de l’hégémonie américaine. Au libre-échange est désormais préféré l’imposition erratique de taxes douanières, à la suprématie silencieuse la diplomatie de la canonnière tonitruante, à la préservation du « privilège exorbitant » du billet vert l’accumulation de pétrodollars.

Cette modalité d’exercice du pouvoir, fondée sur l’emploi de la parole présidentielle comme instrument de rupture, tranche avec les anciennes nations européennes, assujetties à ses pesanteurs institutionnelles et à la mécanique délibérative défaillantes de l’Union. Cet activisme politique semble provoquer un effet de sidération chez les oppositions – mais aussi séduire les tendances conservatrices françaises et européennes, qui observent avec délectation cette accélération des évènements.

Le cas du Mexique illustre l’échec le plus flagrant de la politique de relocalisation. Le déficit commercial avec le voisin du sud a crû de 10 % en un an pour atteindre le sommet de 197 milliards de dollars

Cette glorification de l’action politique brute, couplée à une esthétisation de la violence, engendre un récit triomphal. Mais il camoufle mal un recul certain – le consensus silencieux autour de l’hégémonie américaine est mort – et les contradictions dans lesquelles se trouvent empêtrés les Etats-Unis, conduits à employer la force de manière croissante.

Le retour du protectionnisme et ses limites

De retour sur la scène politique pour un second mandat en 2024, Donald Trump a fait du terme tariffs son nouveau dogme, le qualifiant de « plus beau mot de la langue anglaise ». Pour le 47e président américain, l’arme douanière constitue l’unique levier capable de corriger le déficit commercial de la première puissance mondiale. Le Liberation Day Act, signé le 2 avril 2025, a marqué l’acmé de cette stratégie : l’imposition d’une grille tarifaire agressive voire prohibitive, conçue comme un préalable à toute négociation et visant à instaurer une asymétrie douanière pérenne, au profit des États-Unis. La mise en scène tonitruante de cette offensive se heurte aujourd’hui à une réalité statistique bien plus nuancée.

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Tout d’abord, le pari d’un découplage radical avec Pékin n’a pas engendré la renaissance industrielle promise. Si le déficit bilatéral avec la Chine a effectivement reflué en 2025, cette baisse est surtout due à un jeu de vases communicants : les importations technologiques se sont simplement reportées vers Taïwan, dont l’excédent vis-à-vis des États-Unis a bondi dans des proportions quasi identiques. Parallèlement, le déficit avec le Vietnam a explosé de 60 milliards de dollars sur la même année. Ce phénomène met en lumière l’essor des stratégies de contournement : de nombreuses entités vietnamiennes ne servent que de façades pour des groupes chinois, permettant à ces derniers de réexporter leurs produits vers le marché américain en éludant les surtaxes de Washington.

À l’égard de l’Union européenne, la pression n’a pas produit l’effet escompté. Le déficit commercial s’est établi à 218 milliards de dollars en 2025, soit une réduction marginale de 16 milliards par rapport à l’année précédente. Plus révélateur encore : ce niveau demeure supérieur à ceux enregistrés en 2022 et 2023, relativisant ainsi l’efficacité de la « méthode Trump » contre le le Vieux continent.

Enfin, le cas du Mexique illustre l’échec le plus flagrant de la politique de relocalisation. Malgré les incitations à rapatrier l’activité sur le sol américain, le déficit commercial avec le voisin mexicain a cru de 10 % en un an pour atteindre le sommet inédit de 197 milliards de dollars. Ce montant est trois fois supérieur à celui de 2016, année de la première élection de Donald Trump, prouvant que l’intégration des chaînes de valeur nord-américaines résiste, pour l’heure, à sa volonté de bousculer les équilibres.

En somme, si l’administration Trump peut se targuer d’avoir bousculé le paradigme du libre-échange, le verdict des chiffres – creusement du déficit commercial de 30 milliards de dollars entre 2024 et 2025 – impose la prudence : davantage qu’une réindustrialisation, c’est le renchérissement du coût de ses dépendances qui frappe.

De l’hégémonie à la coercition

End the endless wars (« mettre fin aux guerres sans fin ») : ce slogan, ressassé par le candidat Donald Trump à l’aube de son second mandat, semble appartenir à un autre temps.

Malgré la mise en scène de sa force de frappe, l’écosystème trumpien laisse transparaître des lignes de fracture de plus en plus béantes.

En avril 2025, l’administration Trump demandait encore au Pentagone d’identifier des secteurs où pourraient être effectuées des coupes budgétaires, visant une diminution annuelle de 8 %, sur cinq ans. La volte-face n’a pas tardé : le budget du secrétariat à la Guerre [nouveau nom du secrétariat à la Défense à partir d’octobre 2025 NDLR] a finalement été augmenté pour l’année 2026. Il a grimpé à mille milliards de dollars, soit 3,5% du PIB américain – un point et demie de plus que la moyenne mondiale. Pour l’année 2027, un accroissement de 50 % a même été annoncé, ce qui le porterait à mille cinq-cents milliards de dollars (et le rapprocherait, comparativement au PIB, à son niveau de l’époque George W. Bush).

Cette hausse découle d’une difficulté de taille : l’incapacité à déployer une armée victorieuse sur les différents fronts de l’empire, confrontée à une déplétion de matériel militaire, notamment anti-missile. Conformément à ses promesses de campagne, Donald Trump souhaite éviter les opérations de longue durée, qui impliqueraient le déploiement au sol des boys. Cet état de fait se matérialise par le recours à des bombardements aériens massifs : plus de 600 frappes ont été ordonnées à l’égard de l’Iran, du Yémen, du Venezuela de la Syrie, de l’Irak, et du Nigeria, sans qu’aucune avancée probante et durable ne soit engrangé à ce jour du point de vue de l’administration américaine.

Enfin, la réorientation de l’attention militaire vers l’Asie, visant à contenir le déploiement de la Chine désormais émergée, connaît certaines limites. Dans un premier temps, Donald Trump a souhaité peser de tout son poids pour modifier les alliances régionales en vue d’une confrontation future, passant par le dénouement de l’axe Moscou-Pékin. Néanmoins, flatter Vladimir Poutine sur la scène internationale, lui promettre de réintégrer le concert des nations et de lever les sanctions n’ont pas suffi. Parallèlement, malgré de nombreux coups de semonce diplomatiques, les Etats-Unis (sous la pression du lobby militaro-industriel qui a arrosé les candidats républicains) ne se sont jamais réellement retirés d’Ukraine.

Son bilan est plus mitigé en zone indopacifique, où de réelles avancées ont été obtenues. Après de longs mois de négociations âprement menées, appuyées par de lourdes mesures coercitives, les Etats Unis auront finalement arraché un accord à l’Inde. Celle-ci a cessé d’importer du pétrole russe, sous la menace de rétorsions tarifaires, et accepté de signer un accord commercial qui réaffirme la place des Etats-Unis comme partenaire privilégié.

Errance monétaire 

Le second mandat de Donald Trump a vu l’émergence d’une garde rapprochée de conseillers économiques dont Scott Bessent et Stephen Miran constituent les figures de proue. Ce duo s’est employé à édifier un nouveau corpus stratégique prônant une austérité budgétaire radicale, s’accompagnant d’une remise en cause du paradigme monétaire en place depuis la fin du système de Bretton Woods en 1971. Du point de vue budgétaire, cette ambition s’est d’abord cristallisée sous l’acronyme provocateur RAGE (Retire All Government Employees), avant de se traduire institutionnellement par la création du DOGE (Department of Government Efficiency).

La direction de cet organe a été confiée à Elon Musk, entrepreneur mégalomane, auto-baptisé Technoking au sein de son écosystème d’entreprises. Malgré une mise en scène savamment orchestrée, cette offensive peine à masquer un bilan comptable bien en-deçà des espérances. Si la “tronçonneuse budgétaire” a profondément déstabilisé le quotidien de nombreux agents publics, l’impact sur les finances de l’État reste marginal. Alors que l’objectif initial affichait une réduction spectaculaire de 2 000 milliards de dollars des dépenses fédérales, le décompte officiel, lors de la dissolution de l’organe en novembre 2025, ne recensait qu’une baisse de 175 milliards soit 10 % de la cible annoncée (soit autour de 1,5 % du budget total des Etats-Unis).

Ces initiatives s’inscrivent dans une volonté plus large de s’extraire du « dilemme de Triffin ». Ce concept décrit la difficulté, pour un pays dont la monnaie nationale sert de devise mondiale, à concilier ses propres intérêts avec les besoins du commerce mondial. En effet, pour que les échanges mondiaux fonctionnent, le reste du monde doit disposer du précieux billet vert pour ses transactions et ses réserves. Ce flux sortant de monnaie a tendance à apprécier le dollar, ce qui pèse sur l’industrie américaine, freine la production nationale et creuse mécaniquement les déficits commercial et budgétaire. L’administration Trump se retrouve ainsi face à un choix cornélien : continuer de fournir des dollars au monde pour conserver le « privilège exorbitant » d’un endettement sans limite, ou protéger l’appareil productif national au risque de déstabiliser le commerce mondial.

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Cette contradiction se retrouve au sein même de son administration. Tandis que le président de la Federal Reserve Bank (Fed, la banque centrale des Etats-Unis) affirme vouloir préserver un dollar fort, Donald Trump encourage une politique de baisse des taux pour stimuler l’économie et préserver les entreprises américaines. Prolonger l’hégémonie du billet vert tout en protégeant le tissu productif américain : ici encore, seules des mesures coercitives sont en mesure de réaliser ces deux objectifs a priori contradictoires.

Sans résultats probants. Malgré une politique tarifaire agressive (censée favoriser une relocalisation du capital) et une politique de taux faibles ayant déprécié le dollar de 15% (censée favoriser l’industrie américaine), les répercussions sur le territoire national sont encore minimes. Pour éviter que cette chute du billet vert ne menace son hégémonie, Donald Trump aura recouru à une diplomatie agressive (en Arabie Saoudite par exemple), faisant pression pour que les pays continuent d’échanger en monnaie américaine. Ces coups de menton n’auront pas suffi pour maintenir la confiance dans le dollar : la part de cette monnaie dans les réserves de change mondiales est tombée à 57 % fin 2025, contre 70 % quelques années plus tôt.

Si l’administration Trump a actionné plusieurs leviers de la politique économique, la direction globale reste versatile. Entre volonté de rompre avec une position hégémonique devenue un fardeau et tentation de maintenir les attributs classiques de la puissance monétaire, Washington multiplie les orientations contradictoires. L’agitation politique peine à se se muer en succès économique tangible.

Base politique vacillante 

Malgré la mise en scène de sa force de frappe, l’écosystème trumpien laisse transparaître des lignes de fracture de plus en plus béantes.

Mécontente d’une inflation pénalise l’électorat populaire, une partie de la coalition Make America Great Again (MAGA) reproche à Donald Trump son aventurisme géopolitique – et de trahir sa promesse de s’occuper de « l’Amérique d’abord » (America first). Cette nébuleuse, jusqu’alors plutôt monolithique, s’est progressivement fragmentée en diverses chapelles – ce qui fait poindre la possibilité d’une scission dans un avenir proche, entre une aile isolationniste incarnée par le Vice-président J. D. Vance et une faction interventionniste incarnée par le Secrétaire d’Etat Marco Rubio.

Ce désenchantement idéologique se double d’une rébellion parlementaire qui ne se cache plus : des figures historiques du trumpisme – à l’instar de l’élue républicaine Marjorie Taylor Greene, du journaliste conservateur Tucker Carlson – s’érigent désormais contre l’aventurisme militaire de l’administration, notamment au Venezuela et au Moyen-Orient.

Les élections de mi-mandat de novembre 2026 sonneront comme le procès en légitimité d’un président qui s’est éloigné des aspirations initiales d’une part significative de sa base. Présenté comme une succession de coups d’éclats, l’activisme trumpien apparaît plutôt comme une réaction aux coups de semonce de l’hégémonie américaine. A la servitude volontaire d’une grande partie du monde est désormais préférée la coercition. Les Etats-Unis faisaient reposer leur hégémonie sur la stabilité et la prévisibilité de l’ordre mondial : jour après jour, Donald Trump confirme leur inconstance stratégique, et claironnant des victoires de plus en plus illusoires. Le déclin, parfois, peut se parler des atours du triomphe.

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