Jeux Olympiques : la fête au travail gratuit
Le Vent Se Lève33 min de lecture
Un grand succès des Jeux olympiques d’hiver comme d’été, outre leurs cérémonies d’ouverture tant vantées, est leur capacité à enrôler sans encombres des dizaines de milliers bénévoles pour faire tourner leur machine lucrative. Dans son livre d’enquête, la sociologue Maud Simonet documente cette mise au travail systématique ainsi que ses contestations. Elle parcourt l’histoire de la campagne des « involontaires », portée par le collectif « Saccage 2024 », invitant les bénévoles à se désister et des mobilisations du syndicat des inspecteurs du travail de la CGT, dénonçant le recours systématique au bénévolat parfois support d’une forme salariat déguisé. Horaires et plannings, uniformes, supervision et contrôle… autant d’éléments susceptibles de motiver une requalification en contrat de travail. Toutefois, le conflit n’aboutit pas. En cause : la répression de la contestation, l’espoir des bénévoles de valoriser leur engagement dans la recherche d’un emploi futur, ainsi que la désunion du mouvement syndical aux positions ambivalentes au sujet des Jeux Olympiques.
Maud Simonet, autrice de L’imposture du travail: désandrocentrer le travail pour l’émanciper (ed. 10/18, 2025) illustre dans cette nouvelle enquête sur les Jeux Olympiques la richesse des outils des théories féministes de la reproduction sociale sur le terrain, explorant les complexités du travail bénévole, tiraillé entre engagement citoyen et pure et simple exploitation. MBB.
Les lignes qui suivent sont extraites de l’ouvrage de Maud Simonet (In)volontaires aux JO. Récit d’un conflit du travail gratuit, Textuel, Paris, 2025.. Le choix de l’écriture inclusive est respecté ici conformément. Cet article s’inscrit dans une série de publications visant à mettre en avant la richesse de l’héritage du féminisme matérialiste, regroupées dans la rubrique « féminisme et lutte des classes » du Vent Se Lève.
Si la relation de subordination du travail volontaire aux Jeux Olympiques de Paris (JOP) est si prégnante qu’elle transparaît même dans les récits des volontaires les plus enthousiastes, pourquoi ce conflit sur le travail dissimulé des volontaires aux JOP et les enjeux qu’il soulève en termes de « travail gratuit » n’a-t-il pas abouti ? Bien en amont des JOP les inspecteurices du travail avaient alerté, pour leur part, sur le fait que le soutien de l’État au bénévolat des JOP, à travers la publication du guide du ministère du Travail notamment, démontait à l’avance toute possibilité d’action de leur part auprès du parquet. Mais pourquoi les involontaires, en route pour « gâcher la campagne de travail dissimulé » du Cojop, n’ont-iels pas réussi à amener leur mobilisation jusque devant les tribunaux et à faire ainsi requalifier leur « faux bénévolat » en contrat de travail ?
Pourquoi les volontaires, malgré leur perception ambivalente, et parfois très critique, du franchissement des frontières du bénévolat qui s’opérait sous leurs yeux, ont-iels, malgré tout, poursuivi et même valorisé leur volontariat pour les Jeux ? Et pourquoi les voix syndicales qui se sont élevées pour dénoncer, en amont, une situation qui a bel et bien eu lieu, sont-elles restées à ce point minoritaires ? Ce dernier chapitre ne prétend pas dresser un bilan exhaustif de cette mobilisation ni expliquer la cause de son échec relatif, de son caractère inachevé. Il vise plutôt à mettre en lumière, rétrospectivement, certains des obstacles auxquels la contestation de cette institutionnalisation, pourtant très explicite et très poussée, du travail gratuit aux JOP, s’est heurtée.
On s’intéressera donc ici à la criminalisation de la contestation des involontaires d’une part, à l’économie de la promesse dans laquelle est aujourd’hui pris le bénévolat d’autre part, mais aussi aux réticences d’une partie du mouvement syndical à s’engager sur la question du bénévolat. L’acte de gouverner sous le capitalisme, nous enseignait Gramsci, s’opère par la force, mais aussi par le maintien du consentement, qui implique une certaine collaboration et un partage des idées dominantes.
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Il nous invitait alors à penser combien les organisations de la société civile, telles que les associations et les syndicats, pouvaient constituer des acteurs centraux de la production idéologique de ce consentement, « intégrant » alors l’État dont le philosophe italien proposait une définition élargie (État=société politique + société civile). En poursuivant ce fil de l’analyse gramscienne, on pourrait ainsi suggérer que ce gouvernement du travail gratuit, en cet été olympique, s’est tout à la fois opéré par la force, à travers la menace faite aux involontaires, et par le consentement, à travers la promesse faite aux volontaires. Le clivage syndical sur la question du bénévolat, qui s’est révélé au cours des mobilisations de ce printemps et de cet été 2024, témoignerait-il alors des prémices de ce que le philosophe italien appelait une « crise d’hégémonie » ?
Gouverner le travail gratuit par la menace ? La criminalisation de la contestation des involontaires
La campagne des involontaires a été d’emblée pensée comme un soutien et une visibilisation de démarches individuelles de mobilisation et non comme un mouvement organisant et reliant les contestations. Il s’avère de ce fait difficile d’en dresser a posteriori un véritable bilan tant en termes de nombre de participants effectifs qu’en termes de répertoire de mobilisation concrètement mis en œuvre. Une chose est sûre, c’est que, tout au long de l’été, Saccage 2024 recevra des messages d’involontaires transmettant qui un planning, qui des informations sur sa mission ou des interrogations soulevées à son propos, « dans le cas où certains veulent continuer à dénoncer l’emploi déguisé », comme le formulera l’involontaire qui enverra les plaquettes « équipier » et « chef d’équipe » mentionnées au chapitre 2.
Toutefois, aucun involontaire n’a, au moment où j’écris ces lignes, porté son expérience du bénévolat aux JOP devant un tribunal pour en demander la requalification en contrat de travail. Outre la médiatisation entretenue par le collectif Saccage 2024, le répertoire d’action qui semble avoir principalement été mis en œuvre par les involontaires est celui de la démission.
Faire du bruit et dire non : la médiatisation et la démission comme répertoires d’action
La publicisation de la campagne des involontaires constituait, rappelons-le, l’objectif premier de cette campagne pour une partie au moins du collectif Saccage 2024. « Ce que l’on voulait, c’est faire du bruit », pour reprendre les propos d’Arthur (membre de Saccage 2024, n.d.r.) à ce sujet, et à ce titre, on peut dire de la campagne qu’elle fut une réussite, étant donné le nombre d’articles qui lui furent consacrés dans la presse. La plupart des volontaires des JOP que j’ai interrogé·es, mais aussi des salarié·es en uniforme avec lesquel·les iels pouvaient être confondu·es, m’ont d’ailleurs signalé avoir été, à un moment ou à un autre, interpellé·es, dans les transports ou directement sur les sites, sur la non-rémunération de leur engagement. (…) Toujours dans une visée de publicisation, les membres du collectif Saccage 2024 ont, autour du 20 juillet 2024, diffusé sur les réseaux sociaux une « lettre de démission » à adresser au Cojop. Présentée comme un modèle, elle a été effectivement envoyée par des involontaires en lieu et place de leur prise de poste.
À ma connaissance, aucun·e des involontaires ayant envoyé cette lettre n’a reçu de réponse du Cojop et celui-ci ne s’est pas non plus exprimé publiquement à ce sujet. Aucun·e des involontaires que j’aurais l’occasion d’interviewer ou avec qui je discuterais informellement au cours de cet été olympique ne me déclarera non plus être allé·e « au-delà » de l’envoi de cette lettre. Le contexte politique répressif qui entoure alors la mobilisation est parfois mis en avant explicitement dans les entretiens pour justifier du « choix » de ce répertoire.
Un encadrement répressif de la contestation
Comme le souligne Maud Barret Bertelloni dans son échange avec Jules Boykoff à propos de ces JOP de Paris 2024 et de leur contestation : « la répression des manifestations, couplée à la surveillance accrue des activistes et au regain de la menace terroriste, fait que les différents collectifs mobilisés ont restreint leur répertoire d’action à la sensibilisation, à la contre-expertise et à quelques petites manifestations. Ils savent qu’il ne sera pas possible de mener d’actions pendant la tenue des Jeux ». Le déploiement policier autour du tractage syndical lors de la convention des volontaires à la Défense Arena de Nanterre de mars 2024, évoqué dans le premier chapitre de cet ouvrage, n’est qu’une illustration parmi d’autres de l’encadrement répressif que subira toute forme de militantisme autour des JOP. Un tel encadrement avait d’ailleurs été anticipé par les enquêtes administratives menées sur les candidatures au programme de volontariat. Selon les chiffres évoqués dans la presse, qui restent à vérifier, des milliers de volontaires initialement sélectionné·es auraient, suite à ces enquêtes administratives, été « radié·es » in fine.
Ces (in)volontaires, dont les missions avaient déjà été attribuées et les uniformes récupérés, ont en effet reçu au tout début du mois de mai une lettre de Paris 2024, qu’un involontaire m’a communiquée. Celle-ci les informe que « Paris 2024 en sa qualité d’organisateur de l’évènement a l’obligation de solliciter, en amont de la délivrance d’une accréditation, un avis conforme de l’autorité administrative compétente rendu à la suite d’une enquête administrative ». La lettre les informe ensuite que « en l’occurrence un avis défavorable a été émis à [leur] encontre sans que les éléments de motivation ne soient connus de Paris 2024 ». Les récipiendaires de ce courrier apprendront ainsi, du jour au lendemain, et sans plus d’explication, que « la mission acceptée ne [leur] [était] donc plus attribuée » et que leur engagement bénévole aux JOP s’arrêtait là.
Cette surveillance du militantisme n’a fait que se renforcer au cours de l’été, comme en témoignent l’arrestation et la mise en garde à vue, à deux reprises, fin juillet puis début août 2024, de militant·es de Saccage 2024 à l’occasion de toxic tours. La seconde fois, iels étaient accompagné·es de deux journalistes internationaux venu·es participer à la visite. (…)
Ainsi la mobilisation des involontaires n’a pas débouché sur des procès en requalification mais plutôt sur des démissions. Le contexte de criminalisation des contestations anti-olympique explique, pour partie au moins, que les involontaires engagé·es dans ces processus d’infiltration n’aient pas souhaité poursuivre, au-delà de quelques jours, leur « entrisme » dans les Jeux ; la perspective d’un procès exigeait, en effet, une participation suffisamment longue pour recueillir des documents permettant d’attester les conditions réelles d’exercice du volontariat.
Surtout, le recours au procès suppose généralement un investissement syndical conséquent. Celui-ci est nécessaire pour construire le dossier et le mener à bien techniquement – ce que les syndicalistes présent·es à Saccage 2024 étaient sans doute en mesure de faire. Mais cet investissement syndical est surtout nécessaire pour construire un véritable « usage protestataire du droit[1] » en dépassant, par la médiatisation notamment, la situation individuelle en jeu dans un litige. Or, comme j’y reviendrai un peu plus loin, ce large soutien syndical qui permettrait en « politisant le procès » de transformer « les contentieux singuliers en affaires » n’a pas véritablement été au rendez-vous de ce printemps 2024. Ainsi la menace a-t-elle pu constituer une modalité de gouvernement du travail gratuit, à partir de la criminalisation des contestations menées par les involontaires.
Parallèlement, ce sont des valeurs bien plus positives a priori qui ont entretenu l’engagement et le travail des volontaires, comme la passion pour le sport, « la chance de faire partie d’un événement unique », mais aussi, pour une partie des volontaires, l’espoir suscité par ce « labor of love ». Loin de s’opérer uniquement par la force, ce gouvernement du travail gratuit s’inscrit donc également dans une « économie politique de la promesse[2] » à laquelle l’épisode olympique ne déroge pas, bien au contraire.
Gouverner le travail gratuit par la promesse ?
Comme je l’ai mentionné dans le chapitre 2, Juliette fait partie des volontaires les plus enthousiastes que j’ai eu l’occasion d’interviewer à propos de son expérience de bénévole aux JOP. Dès les premiers échanges, elle m’explique que « c’est une expérience à vivre ! Ben, c’est une seule fois dans sa vie, une fois tous les cent ans, c’est qu’une fois dans sa vie! ». Elle me détaille alors différentes dimensions de cette expérience « unique » qui lui ont particulièrement plu. Elle évoque le fait qu’elle a eu « la chance de voir plein de postes différents et de pas rester sur un poste pendant deux semaines », mentionne « la cohésion d’équipe » dans « sa petite équipe […] entre nous, entre volontaires, entre managers et volontaires, on va dire entre personnes qui travaillaient là », et m’explique en riant : « vraiment, cette expérience, c’était une grande colonie, une grande colonie de vacances ! Tous ensemble ! C’est vraiment ça en fait, la colonie de vacances des Jeux olympiques ! ». Juliette évoque enfin « la complicité et la proximité avec les sportifs, familles de sportifs, tout le monde… ».
Là où elle était « basée », les volontaires étaient « vraiment tout le temps en contact avec eux, on les voyait passer, ils passaient avec nous, on pouvait leur parler quand on voulait… ». Après avoir mis en avant toutes ces dimensions, qui en font comme on l’entend bien une expérience idéale de travail, Juliette ajoute, en faisant référence à ses études : « Et le fait d’être en Staps, on parle tout le temps du sport, on a l’impression d’être encore plus dans le thème du sport et moi j’aimerais faire de l’événementiel plus tard. Alors, sportif ou non, je sais pas encore, mais même, ça reste de l’évènementiel et c’est toujours un plus pour moi. Dans tous les cas, je me suis dit : c’est toujours un plus pour mon CV. C’est toujours un plus ».
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Ce « plus », m’explique-t-elle alors, les JOP lui ont fourni une modalité pour l’inscrire dans son CV puisque, à l’issue de sa mission, elle a reçu, comme tous·tes les autres volontaires des JOP de Paris 2024, deux documents : un certificat de participation aux JOP et surtout un « badge officiel », « un badge virtuel à mettre dans son CV ». Lorsque je lui demande si elle va utiliser ce « badge » et ce « certificat », Juliette me répond avec enthousiasme : « Oui je vais les utiliser ! Même si ça n’a rien à voir, enfin même si je postule quelque part où ça n’a rien à voir ! Je laisse toujours dans mon CV, moi personnellement, une partie bénévolat. Et c’est vrai que, jusqu’à présent, j’avais le bénévolat dans les clubs sportifs, les différents évènements où j’ai pu participer dans l’organisation des évènements sportifs que j’ai faits. Et là, du coup, je peux rajouter carrément que j’ai fait les Jeux en fait ! Ça, je peux le rajouter et c’est incroyable, c’est un bénévolat plus plus ! C’est pas mon petit club de la ville ! C’est pas le même impact ! ».
Quand le « labor of love » devient du « hope labor »
Le discours de Juliette croise et articule deux enjeux du travail gratuit, celui du « labor of love » et celui du « hope labor ». Le premier a été mis en lumière depuis longtemps par les sociologues féministes. Ce « bénévolat plus plus » se présente en effet comme un « labor of love » au sens où, comme on l’a déjà évoqué dans les chapitres précédents, la dimension laborieuse de cette activité est déniée, masquée par le fait qu’elle est exercée au nom de valeurs, ici la passion du sport.[2] « Ils disent que c’est de l’amour, nous disons que c’est du travail non salarié[3] », écrivait, en 1975, Silvia Federici dans le but de dénaturaliser le travail domestique et de montrer le caractère éminemment productif de ce qui se présentait avant tout comme un « labor of love ».
Dans son article « Le prolétaire est mort. Vive la femme au foyer[4]! », publié en 1984, la sociologue féministe allemande Claudia von Werlhof mettait en lumière, pour sa part, combien la femme au foyer, « travaillant par amour et dont l’amour devient travail », avait en quelque sorte destitué le prolétaire comme nouvelle figure idéale du travailleur pour le capitalisme. Quoi de mieux en effet qu’une travailleuse n’attendant pas de rémunération, toujours disponible, et n’exigeant ni droit de grève ni congés ou temps de pauses stipulés contractuellement… puisqu’elle aime ce qu’elle fait et qu’elle le fait par amour ? À ce « labor of love » s’ajoute ici toutefois, dans le discours de Juliette, mais aussi de la plupart des jeunes volontaires en étude [iels constituent encore une fois une partie seulement de la population globale des volontaires, mais une partie sur-représentée dans celle-ci, n.d.r.] que j’ai interviewé·es, un « hope labor[5]».
Cette notion de « travail de l’espoir », fondée beaucoup plus récemment par des sociologues spécialistes des industries créatives et des médias, renvoie, elle, au travail gratuit exercé aujourd’hui dans l’espoir de décrocher le boulot de ses rêves demain. Le travail non rémunéré, sous la forme du bénévolat ou du stage par exemple, se justifierait par l’espoir qu’il suscite et même les promesses qu’il porte en lui. Cette « économie politique de la promesse » régule de plus en plus aujourd’hui les « logiques de l’emploi[6]». Elle invite ainsi, de façon croissante et de plus en plus institutionnalisée, dans des dispositifs et des politiques à la valorisation des pratiques et des expériences « hors travail » sur le marché du travail, sans jamais que ces dernières ne soient pleinement reconnues comme travail.
Les propos tenus par Emmanuel Macron le 2 août 2024 aux JOP incarnent parfaitement cette « promesse » inscrite dans le « hope labor » et sa dimension institutionnelle particulièrement poussée dans le cadre du volontariat des JOP. Le président de la République déclarait, en effet, à un parterre de volontaires réuni·es pour l’occasion : « Je voulais vous dire aussi pour vous tous qui êtes là, vous nous apprenez. Et donc pour les Français, on va s’employer à ce qu’il y ait une valorisation des acquis de l’expérience et donc que dans vos métiers à venir, vos carrières, tout ce qui va suivre, cette expérience des Jeux soit valorisée, parce que c’est vraiment une expérience qui apporte et que pour vos métiers à venir, vous puissiez en tirer les conséquences. On va aussi s’employer dans vos pays d’origine pour tous les étrangers qui sont venus prêter main-forte, là aussi à faire toutes les lettres de recommandation qu’il faut ou tout ce qu’il faut pour vous aider pour la suite ».
Les JOP, une politique officielle de la promesse
La promesse du travail gratuit est ici particulièrement institutionnalisée, quasi officielle. Elle l’est d’une part parce qu’elle est formulée depuis les sommets de l’État. Mais elle l’est aussi parce qu’elle s’incarne dans des outils concrets, eux aussi certifiés, qui sont distribués aux volontaires. Juliette attribue visiblement de la valeur au « certificat de participation » puisqu’elle me dira trouver « injuste » qu’une « dame » avec qui elle a parlé pendant les JO et qui n’avait été que remplaçante l’ait reçu, elle aussi. « C’est vrai qu’elle fait partie du programme, mais c’est vrai que, pour des personnes qui étaient là tous les jours, c’est pas le même degré de participation, donc je sais pas… ».
Et puis, surtout, il y a le badge. Le certificat qui remercie le volontaire de « sa contribution au succès des Jeux » reste de l’ordre du symbolique, une version numérique en quelque sorte de ces certificats imprimés que l’on peut encadrer et accrocher sur un mur. Il comprend très peu d’informations au final et Juliette semblera assez déçue lorsque, au cours de notre entretien, elle l’ouvrira sur son ordinateur et constatera qu’il ne contient « que son nom ». Mais le badge virtuel envoyé aux volontaires après leur participation aux JOP constitue, lui, une véritable innovation en termes de déploiement et d’officialisation de ce régime de l’espoir. (…)
À ce titre, comme une collègue enseignante en Staps dans une université de l’ouest de la France en a témoigné, lors d’un entretien, et comme d’autres, enseignant dans des universités en région parisienne, me l’ont indiqué également, de manière plus informelle, l’expérience de volontariat aux JOP est déjà apparue dans les dossiers de candidature en master pour la rentrée 2024. Et elle constitue effectivement une expérience valorisée dans les processus de sélection universitaire, comme certain·es enseignant·es me l’ont confirmé, tout en reconnaissant simultanément leur malaise de participer, à leur façon, à ce processus d’institutionnalisation du travail bénévole dans les trajectoires. (…)
On voit bien ici comme les promesses conjuguées du « love labor » et du « hope labor » sont au cœur de l’appel au bénévolat diffusé à l’université par cette entreprise privée. Certes, parmi les volontaires que j’ai rencontré·es, les jeunes diplômés sont, comme dans la population générale des volontaires des JOP, surreprésenté·es, et constituent ainsi une catégorie de la population relativement favorisée, même si tous·tes ne sont pas nécessairement issu·es des classes dominantes. Pour autant, tous et toutes ont bien intégré que leur diplôme seul ne leur garantirait pas, à coup sûr, d’obtenir demain le boulot de leurs rêves et iels ont bien entendu les promesses de valorisation des expériences et de « fructifications[7]» des engagements qui leur étaient faites.
Pour certain·es involontaires, elles sont d’ailleurs au cœur de leur critique du recours au bénévolat aux JOP. « J’en peux plus qu’on me demande tout le temps de travailler gratuitement », répondait ainsi un des involontaires interviewés à la question de Léo sur les raisons de son engagement dans la campagne des involontaires. Involontaires comme salarié·es rappellent alors que tous·tes ne pourront pas nécessairement se permettre ce « hope labor ». Mariadna, étudiante issue d’un milieu populaire qui a été intérimaire pendant les JOP, se demande, à plusieurs reprises au cours de l’entretien, comment on peut « ne pas être payée, surtout pour un évènement qui rapporte autant d’argent ». Et puis, elle ajoute à propos de l’une de ses amies qui est volontaire aux JOP : « Je juge pas, chacun fait ce qu’il veut et puis, bon, voilà, en tant qu’étudiant c’est une expérience dans le CV, ça peut booster ».
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Quand la promesse du travail volontaire est formulée d’aussi haut et avec autant de matérialités et autant de garanties, difficile de ne pas l’entendre et de ne pas croire aux perspectives qu’elle ouvre, notamment dans un contexte où le marché du travail rémunéré offre des conditions de travail bien moins idéales que l’expérience de volontariat aux JOP décrite par Juliette. Et, même si tout le monde ne semble pas également disposé, matériellement et/ou idéologiquement, à croire à la promesse, tout le monde, volontaires comme involontaires, semble bien l’avoir entendue. Contrairement à ce qu’a pu déclarer Bernard Thibault, dans l’économie politique du travail dans laquelle le bénévolat est aujourd’hui pris, il n’est peut-être pas si facile de ne « pas lever la main ».
Le clivage syndical sur les frontières du travail : une « crise d’hégémonie » ?
En étudiant les mobilisations sur le recours au bénévolat aux JOP, en amont de ceux-ci, j’ai découvert, comme je l’ai mentionné dans le premier chapitre, combien elles étaient portées par des syndicalistes, depuis l’intérieur de l’inspection du travail et du mouvement écologiste. Mais, ce faisant, j’ai pris la mesure du clivage syndical dans lequel ces voix syndicales, restées minoritaires tout au long de la mobilisation, étaient prises. Un clivage qui s’incarnera publiquement dans les positions prises par l’ancien secrétaire général de la CGT Bernard Thibault au cours de cette période de préparation des JOP, mais qui le dépasse largement. Un clivage qu’il me semble important de présenter ici, à la fois en ce qu’il a constitué un obstacle à cette mobilisation spécifique, mais aussi, et surtout, en ce qu’il révèle certaines difficultés d’une partie du monde syndical, aujourd’hui, à penser dans toute son entièreté le travail : visible et invisible, rémunéré et gratuit, dans et hors de l’emploi.
Bernard Thibault ou la défense syndicale du bénévolat aux JOP
À en croire le témoignage livré par l’ancien secrétaire général de la CGT, à l’initiative de la Charte sociale, les syndicats présents lors de son élaboration n’ont pas eu à batailler contre les propositions du CIO relatives au bénévolat ou même à négocier pour faire bouger les lignes et imposer de nouveaux standards. Dans les quelques textes publiés sur la question, les organisations syndicales se réjouissent, au contraire, de la direction prise par l’organisation olympique du volontariat et notamment de cette reconnaissance et valorisation de l’engagement bénévole aux JOP, ainsi que des outils élaborés pour le faire, et notamment du badge virtuel.
Mieux, dans le chapitre du livre « témoignage » sur les JOP qu’il consacre à la question du volontariat aux JOP, chapitre curieusement intitulé « Pas de volontaires, pas de Jeux », Bernard Thibault ne se contente pas d’endosser le discours du Cojop [Le Comité d’Organisation des Jeux Olympiques de Paris, n.d.r.] sur l’importance de l’engagement bénévole aux Jeux olympiques et sur sa valorisation ex post. Il démonte minutieusement les critiques qui lui ont été adressées depuis le printemps 2023, sans toutefois explicitement nommer le collectif Saccage 2024 ni les inspecteurices du travail syndiqué·es à la CGT, qui les ont portées. Il écrit ainsi : « Dès le départ l’appel au volontariat pour les Jeux 2024, qui n’est pas propre aux Jeux de Paris, suscite un débat et parfois des polémiques. Est-ce légitime voire légal d’avoir recours à des volontaires pour l’organisation des Jeux ? Ne détourne-t-on pas le droit du travail par le recours à une forme de travail gratuit ? Ce débat est tout à fait légitime et je voudrais essayer d’en éclairer les termes[8]».
La contre-argumentation à laquelle se livre alors l’ancien secrétaire général de la CGT ne peut manquer de surprendre quand on sait que ce sont précisément des inspecteurices du travail syndiqué·es à la CGT qui ont notamment soulevé ce débat autour du détournement du droit du travail et que c’est donc à elleux qu’il répond. Mieux, cette contre-argumentation ne surprend pas seulement sur la forme – l’attaque contre son propre « camp » syndical –, mais aussi sur le fond – les arguments mobilisés pour ce faire. Bernard Thibault déploie, en effet, le raisonnement suivant : tout en reconnaissant que les JOP sont une « organisation très différente de celle d’un club de pétanque de quartier qui organise son tournoi annuel », il exprime néanmoins sa crainte que, « dans l’hypothèse d’une requalification systématique des tâches affectées aux volontaires des JOP en activité salariée, on ne peut exclure qu’une jurisprudence s’installe pour toutes activités comparables quelle que soit la structure organisatrice. »
Il voit alors dans cette perspective « la mort assurée pour bien des clubs et compétitions » et souligne combien « la porte est déjà grande ouverte à une marchandisation et une professionnalisation accrue du sport ». Ainsi, loin de rassurer sur le fait que le volontariat aux JOP respecterait bien le droit du travail français, comme on aurait pu l’attendre de l’initiateur de la Charte sociale, le syndicaliste suggère plutôt de ne pas interpeller les juges sur cette question, afin de ne pas prendre le risque de fragiliser le monde associatif-sportif…
Des syndicalistes de la CGT qui cherchent « à faire bouger les lignes »
Lorsque j’interroge Simon Picou, le responsable de la CGT-TEFP, en 2024 sur la manière dont la CGT s’est positionnée sur ce dossier du bénévolat aux JOP, il évoque un « désaccord de fond » avec « les camarades de la confédération ». Pour lui ce désaccord serait basé sur « une confusion entre ce qui peut relever du militantisme pour faire vivre un certain nombre de structures au quotidien – et y compris les nôtres, les syndicats, parce que oui, bien évidemment, le militantisme c’est une part d’engagement bénévole – et le fait de réaliser un travail subordonné – car c’est de ça qu’il s’agissait – pour un évènement qui a un budget de plusieurs milliards d’euros et qui donc avait tout à fait la possibilité de rémunérer le travail de ces personnes-là ».
Il reproche d’ailleurs à la Direction générale du travail d’assimiler, dans le préambule de son guide « Recourir au bénévolat », « la Coupe du monde de rugby à la personne qui va donner deux heures aux Restos du cœur ou pour entraîner l’équipe des poussins du club de foot de sa commune, tout ça c’est pareil… Mais non, c’est pas pareil ! » Reprenant sa casquette d’inspecteur du travail qui se doit de juger dans les faits et non en principe, il précise alors : « Nous, ce qui nous importe, c’est le réel et le concret. Et le réel et le concret, c’est que, dans ce cadre-là, il s’agissait de choses qui auraient complètement dû relever d’un contrat de travail. Parce que c’étaient plusieurs semaines d’affilée, et avec des horaires, des règles très strictes, etc. Voilà ! Et donc, il ne faut pas se laisser abuser par cette espèce d’assimilation entre les engagements au quotidien, auxquels on tient tous et toutes évidemment, et ce qui s’est passé sur cet événement-là ».
Ce « désaccord de fond » a, selon lui, donné lieu à des échanges, lors de différentes réunions « multilatérales », avec des unions départementales, des fédérations, avec le groupe qui « pilotait le dossier JO » à la CGT également. « On s’est expliqué de manière, on va dire, fraternelle, on a eu des réunions, non, non », me rassure-t-il lorsque je lui demande si cette position minoritaire n’a pas été trop difficile à tenir dans la CGT pour lui et ses camarades de la CGT-TEFP qui se sont largement exprimé·es dans les médias.
Outre ces échanges directs, la parole des inspecteurices du travail de la CGT va aussi trouver un relais confédéral entre l’hiver 2023 et l’été 2024 en la personne de Kamel Brahmi, secrétaire général de l’Union départementale CGT du 93. Interpellé sur son territoire par la CGT-TEFP, il a des conversations et un temps de travail avec elleux. « C’est pas un sujet que je maîtrisais beaucoup, je suis convaincu par leurs arguments. Je suis membre de la direction confédérale nationale et aussi, vu que les JO sont sur mon territoire, intégré au groupe de travail sur les JO qui doit regarder la bonne application de la Charte. Donc je porte cette question, et dans ce groupe de travail, et au niveau de la commission exécutive confédérale, en disant y a un problème, y a deux trois choses qui posent problème concrètement. »
Comme Simon Picou, Kamel Brahmi évoque ce contre-argument qui lui est systématiquement opposé du bénévolat pilier du sport associatif local. « Donc on a un débat, on redit les fameux clubs sportifs de banlieue, etc. Moi je dis non, les JO, c’est pas le club de foot de Sevran, c’est pas les mêmes moyens, c’est pas le même travail, c’est quand même assez énorme comme organisation, y a les compétences, y a des questions de sécurité, etc., tout travail mérite salaire. » « L’autre argument massue » auquel il fait face dans ces discussions, m’explique-t-il, « c’est, mais de toute façon, rien ne les y oblige. […] S’ils ne veulent pas le faire, ils n’ont qu’à pas lever la main ».
Tout en reconnaissant que « le syndicalisme n’est pas là pour faire le bonheur des gens malgré eux », le secrétaire général de la CGT 93 rétorque « qu’on est pas là non plus pour épouser les idées dominantes. On est là aussi pour défricher, éclairer et défendre ou créer des droits. Pour le coup, là, il s’agissait de les défendre ». Et Kamel Brahmi de conclure ainsi le récit de ces échanges à l’intérieur de son organisation : « Je ne remporte pas la timbale. Et donc, le compromis, c’est de dire : il faudra que l’on travaille sur cette histoire de bénévolat ». (…)
Peu d’actions réellement entreprises mais des lignes qui auraient bougé, semblent dire les deux militants de la CGT qui ont porté cet enjeu des usages du bénévolat à l’intérieur de leur organisation. « En termes de convictions, on a pointé un problème », résume Kamel Brahmi dans un souffle positif. « Malheureusement il faudra sans doute continuer à battre le fer sur ces sujets-là, pour le positionnement de la CGT et puis plus largement […] pour que le regard de la société sur cette forme de travail, il change », souligne Simon Picou sur un ton un peu plus inquiet. Il termine l’entretien en évoquant l’horizon des Jeux olympiques et paralympiques d’hiver de 2030 dans les Alpes en espérant que, cette fois, « le terrain sera mieux préparé », « en amont ». (…)
Comme on l’entend ici, la dénonciation du volontariat des JOP comme travail dissimulé, les militant·es de Saccage 2024 affilié·es à Solidaires et les inspecteurices du travail de la CGT-TEFP vont donc la porter, en poussant au bout pour les un·es, en contestant pour les autres, les positions de leurs centrales syndicales sur cette « question du bénévolat ». Ce conflit sur les frontières du travail bénévole qui pose des questions politiques majeures en termes de contournement du droit du travail, mais aussi de gratuitisation du travail, et donc d’exploitation du travail, est bien loin d’avoir mobilisé tout l’appareil syndical français. Bien sûr, la période qui a précédé les JOP, qui s’étend de la réforme des retraites à la dissolution de l’Assemblée nationale, était pour le moins chargée sur le front syndical et les ressources des organisations assurément limitées.
Ces considérations importantes n’épuisent toutefois pas l’analyse. Notamment parce que, plus qu’un silence, c’est davantage une différence, voire un désaccord syndical que cette enquête révèle. Comme on l’aura compris, l’histoire de cette contestation militante du recours au volontariat pendant les JOP est aussi l’histoire, sinon d’une « lutte dans la lutte[9]», car les oppositions sont restées relativement feutrées et peu publicisées, d’un clivage syndical ; un clivage qui va jusqu’à traverser la même organisation syndicale, la CGT. Le récit de cette mobilisation inaboutie est donc aussi le récit du refus, entre désintérêt et réticence, d’un large pan du syndicalisme, de construire et de porter la question du recours au bénévolat aux JOP sinon comme un front de luttes, du moins comme un véritable enjeu syndical.
Dans cette position syndicale, particulièrement bien incarnée par les discours de Bernard Thibault mais impossible à réduire à ceux-ci, le bénévolat relève du « hors travail », de l’engagement, de la citoyenneté… Non seulement il ne concerne pas le champ de la lutte syndicale au titre de cette extériorité, mais c’est à ce titre même – le bénévolat comme engagement, comme citoyenneté – que son développement et son expansion susciteraient nécessairement le soutien des organisations politiques et militantes. Un soutien de principe, sui generis, quasi moral. Le développement du bénévolat serait positif en soi, à la fois comme signe de vitalité citoyenne et comme « rempart contre la marchandisation », pour reprendre les propos de Thibault à propos du monde sportif.
Or, cette opposition entre bénévolat et marchandisation est loin d’aller de soi. Ainsi, dans la tradition féministe d’analyse du travail, travail non rémunéré et marchandisation ne s’opposent pas nécessairement. Ces deux processus peuvent même tout à fait marcher main dans la main comme en témoignent, par exemple, les liens historiques entre salariat et travail domestique que les théoriciennes féministes marxistes ont bien analysés. En faisant de la force de travail une marchandise, le capitalisme a, dans le même mouvement, construit la figure de la femme au foyer chargée de la produire et de la reproduire… gratuitement[10].
Rien n’interdit de penser une marchandisation du sport et de ses évènements qui s’appuierait sur un accroissement du travail non rémunéré. De fait, le recours à des bénévoles comme à des « salarié·es pas payé·es » pour les JOP peut tout à fait s’analyser comme une opération de marchandisation des engagements sportifs ; en témoignent les dispositifs tout à la fois publics et privés présentés dans ce chapitre, qui invitent à « valoriser » son bénévolat en vue de sa recherche emploi, à « investir » dans ce travail gratuit mais aimé, et à le faire « fructifier ».
Comme nous l’ont rappelé certain·es involontaires et intérimaires interviewé·es lors de cette enquête, les investissements en travail gratuit que suppose l’économie de la promesse ne sont pas également accessibles à tous·tes. Les classes moyennes et supérieures – ou leurs enfants – bénéficient à ce titre d’un avantage matériel certain pour tenir, le temps que la promesse se réalise, si tant est qu’elle se réalise, et rentabiliser ainsi leur engagement. Mais le recours au bénévolat ici décrit n’a pas pour seule conséquence de marchandiser les engagements. Il vient également renforcer davantage la marchandisation du travail et mérite, à ce titre également, d’être interrogé collectivement et politiquement. Le « déni de salariat » qui s’opère dans le cadre de ces JOP n’incite pas seulement à « accepter » individuellement une relation de subordination, avec le Cojop ou avec Omega, sans rémunération.
Il sort le travail des institutions politiques du salaire et, ce faisant, du rapport de force qui s’y joue avec le capital. Nombreuses sont les institutions de régulation collective du travail et de socialisation des revenus (la Sécurité sociale, le droit du travail, la cotisation sociale…) qui ont permis historiquement, par les luttes, syndicales notamment, que le salariat devienne justement davantage qu’un rapport de subordination contre une rémunération[11], qu’il soit plus qu’une marchandise, qu’il s’inscrive dans un processus, certes toujours inabouti, attaqué et en tension, de démarchandisation et de réappropriation par les travailleureuses. Or, quand les travailleureuses deviennent volontaires pour travailler gratuitement pour le capital, c’est contre leurs propres pouvoir et souveraineté collectives sur le travail et ses institutions qu’iels troquent leur « volonté individuelle ». Pas sûr qu’iels en sortent gagnant·es, même à court terme, malgré la chance d’être là et le plaisir de participer.
Notes :
[1] Éric Agrikoliansky, « Les usages protestataires du droit », in Éric Agrikoliansky, Isabelle Sommier, Olivier Fillieule (dir.), Penser les mouvements sociaux. Conflits sociaux et contestations dans les sociétés contemporaines, Paris, La Découverte, 2010, p. 225-246.
[2] Marco Bascetta, Giuseppe Allegri (dir.), Economia politica della promessa,
Rome, Manifestolibri, 2015.
[3] Silvia Federici, “Wages against Housework”, Falling Wall Press and Power of Women Collective, 1975.
[4] Claudia Von Werlhof, “The Proletarian Is Dead: Long Live the Housewife?”, in Joan Smith, Immanuel Wallerstein, Hans-Dieter Evers (dir.), Households and the World Economy, Beverly Hills, Sage Publications, 1984, p. 131-147.
[5] Thomas F. Corrigan, Kathleen Kuehn, “Hope Labor: The Role of Employment Prospects in Online Social Production”, The Political Economy of Communication, vol. 1, no 1, 2013.
[6] Maud Simonet, Travail gratuit : la nouvelle exploitation ?,notamment le chapitre 4 « Travail gratuit et marché du travail : l’emploi à tout prix », p. 113-140.
[7] Laurent Willemez, Faire fructifier ses engagements. Conséquences et limites de la validation des expériences militantes, in Frédéric Neyrat,La Validation des acquis de l’expérience, la reconnaissance d’un nouveaudroit, Vulaines-sur-Seine, Éditions du Croquant, 2007.
[8] Bernard Thibault, Dans les coulisses des JO – Mon engagement pour des jeux socialement exemplaires, Paris, L’Atelier, 2024, p. 124.
[9] Sébastien Michon. La lutte dans la lutte. L’espace de la mobilisation étudiante contre le contrat premi.re embauche (CPE), Sociétés contemporaines, no 83, 2011, p. 83-106.
[10] Pour une analyse historique des dimensions coercitives de cette construction, on renverra les lecteurices à Caliban et la Sorcière de Silvia Federici qui met en lumière comment l’accumulation primitive du capital qui a permis le passage du féodalisme au capitalisme s’est en partie opérée à travers la domestication des femmes et leur assignation au foyer, à partir de biopolitiques comme la chasse aux sorcières. Silvia Federici, Caliban et la sorcière. Femmes, corps et accumulation
primitive, trad. Senonevero/J. Guazzini, Genève, Entremonde, 2014.
[11] Jean-Luc Deshayes, Florence Ihaddadene, Maud Simonet, Daniel Veron, Claire Vivès, Karel Yon (dir.), « Au sein, au seuil et au-delà du salariat : les dimensions politiques du salaire », Salariat, no 2, 2023, p. 7-18.
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