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Le diesel atteint 5,85 dollars aux Etats-Unis, dépassant le record de juin 2022

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Le diesel atteint 5,85 dollars aux Etats-Unis, dépassant le record de juin 2022
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Alors que la Russie a prolongé son interdiction d'exporter du diesel après vingt et une frappes ukrainiennes sur ses raffineries en août, TotalEnergies plafonne ses prix en France sans fixer de date de fin.

Vendredi 4 septembre, l'American Automobile Association a publié son relevé quotidien : le gallon de diesel s'échange désormais à 5,85 dollars aux Etats-Unis. Le seuil dépasse pour la première fois le record établi en juin 2022, en pleine guerre en Ukraine, à 5,8159 dollars. La veille, le prix moyen national s'affichait à 5,7832 dollars. Le bond d'une journée, près de sept centimes, correspond à un mouvement que peu de marchés physiques enregistrent en temps normal.

Depuis le 27 février, veille du déclenchement des frappes américano-israéliennes contre l'Iran, le prix du gallon a grimpé de 55 %, passant de 3,76 à 5,85 dollars.

Moscou prolonge son embargo diesel

Un autre document, publié une semaine plus tôt et beaucoup moins commenté, mérite qu'on s'y arrête. Le 28 août, le gouvernement russe a signé la résolution n° 6461097, rendue publique le lendemain sur son site officiel : elle prolonge jusqu'au 30 septembre l'interdiction d'exporter du diesel, du carburant marin et du gazole imposée aux producteurs directs, alors que la précédente échéance, fixée au 31 août, arrivait à son terme. L'interdiction générale sur les carburants russes court, elle, jusqu'au 31 janvier 2027. Cette politique n'a rien d'improvisé : la première interdiction d'exporter des carburants russes remonte à fin juillet 2025, quand des pénuries d'essence avaient frappé cinquante-sept régions du pays.

L'agence Reuters a établi le lien de façon directe, dans une dépêche datée du 3 septembre : les attaques répétées de drones ukrainiens sur les raffineries russes ont conduit Moscou à interdire les exportations de diesel jusqu'au 30 septembre. Le mois d'août a compté au moins vingt et une frappes ukrainiennes contre des raffineries russes, le chiffre le plus élevé depuis le début de la guerre totale, mettant hors service plus de 30 % de la capacité réelle de raffinage du pays. Selon des médias ukrainiens, la Russie assurerait environ 10 % de l'offre mondiale de diesel avant cette escalade, un chiffre qu'aucune source occidentale indépendante n'a pour l'instant permis de confirmer.

Le détroit d'Ormuz, lui, n'a pas bougé depuis six mois.

Les Etats-Unis et Israël ont lancé leur offensive contre l'Iran le 28 février. En représailles, Téhéran a fermé le passage dès ce jour-là, faisant chuter le trafic maritime d'environ cent trente navires quotidiens avant la guerre à moins d'une quinzaine début août, selon la plateforme MarineTraffic citée par Al Jazeera. Le baril de Brent avait alors bondi à près de 120 dollars en mars, selon CNBC. Six mois plus tard, le 2 septembre, il s'échangeait à 95,33 dollars et le WTI américain à 90,57 dollars, selon les données EIA relayées par Reuters. Le choc initial sur le brut a donc été largement digéré. Il n'explique pas, à lui seul, un nouveau record du diesel en septembre.

Le crack spread bat un record

La preuve technique se lit dans un indicateur que peu d'articles grand public ont mis en avant. Le "crack spread" diesel, c'est-à-dire l'écart entre le prix du brut et celui du produit raffiné, a atteint un niveau record d'environ 107 dollars le baril selon les données LSEG citées par Reuters, après une hausse de 51 % des contrats à terme en dix semaines. Dans le même temps, les raffineries américaines tournaient, pour la semaine s'achevant le 28 août, à 98 % de leur capacité, leur plus haut niveau depuis août 2018, selon les chiffres officiels de l'Energy Information Administration. Sur la côte Est, les stocks de distillats sont tombés à 19,3 millions de barils fin août, leur plus bas niveau depuis le début des relevés en 1990. Le brut circule. C'est le raffiné qui manque.

En France, le litre de SP95-E10 s'affichait vendredi à 2,09 euros en moyenne selon le site gouvernemental prix-carburants.gouv.fr, à quatre centimes seulement du record national de 2022, qui avoisinait 2,13 euros. Le gazole atteignait 2,259 euros le même jour, en hausse de plus de 1,34 % sur une semaine, sans toutefois retrouver son propre pic d'avril, supérieur à 2,30 euros. La veille, le PDG de TotalEnergies avait annoncé que le groupe plafonnerait l'essence à 1,99 euro et le diesel à 2,25 euro "tant que le conflit durera". Aucune date de fin n'accompagne cette promesse.

« Le détroit d'Ormuz, lui, n'a pas bougé depuis six mois. »

Depuis 2021, l'Etat a changé quatre fois de doctrine sur le soutien carburant, et chaque changement a rétréci le cercle des bénéficiaires. La remise à la pompe, ouverte à tous les automobilistes à partir d'avril 2022, valait 18 centimes par litre jusqu'en août, 30 centimes en septembre-octobre, puis 10 centimes jusqu'à son extinction le 31 décembre 2022. Elle a cédé la place à une indemnité carburant de 100 euros réservée aux dix millions de travailleurs des cinq premiers déciles de revenu, financée à hauteur d'un milliard d'euros maximum ; son guichet a fermé le 31 mars 2023, sans possibilité de rattrapage ultérieur. Reconduite sur le papier pour 2024 à condition que le prix moyen dépasse 1,95 euro le litre, l'aide n'a finalement jamais été versée : le seuil n'a jamais été franchi. Rien n'a été mis en place en 2025.

« Le brut circule. C'est le raffiné qui manque. »

La flambée de 2026 a fait resurgir le dispositif sous une forme plus étroite encore. Annoncée le 21 avril par Matignon, l'indemnité "grands rouleurs" a d'abord été fixée à 50 euros par décret du 30 avril, avant d'être doublée à 100 euros trois semaines plus tard. Le guichet, ouvert le 27 mai sur impots.gouv.fr, devait fermer le 31 août ; il a été prolongé jusqu'au 30 septembre, 1,4 million de dossiers ayant déjà été déposés. Autour de cette aide se sont empilés des dispositifs sectoriels : quinze centimes par litre de gazole non routier pour les agriculteurs, vingt-cinq centimes pour les pêcheurs pour un coût mensuel de six millions d'euros, vingt centimes pour le bâtiment et les travaux publics pour huit millions d'euros par mois, tous reconduits en septembre et octobre. Le gouvernement écarte en revanche toute aide générale ou baisse massive des taxes, qui composent environ 60 % du prix affiché à la pompe. Le coût cumulé de ces mesures ciblées a déjà atteint 360 millions d'euros.

TotalEnergies engrange des profits records

Pendant que les guichets se multiplient côté automobilistes, le raffinage engrange. TotalEnergies a publié le 29 avril un résultat net ajusté de 5,4 milliards de dollars et un cash-flow de 8,6 milliards de dollars pour le premier trimestre 2026, porté notamment par des marges de raffinage qualifiées d'exceptionnelles au mois de mars, avec des unités tournant à plus de 90 % de leur capacité. Ces résultats ont relancé au printemps le débat sur une taxation des superprofits pétroliers : le Premier ministre Sébastien Lecornu a appelé le groupe à "redistribuer" ces bénéfices, tandis que le Parti socialiste a déposé une proposition de loi instaurant une surtaxe de 20 %. Aucun des deux textes n'a, à ce jour, été adopté.

Le guichet grands rouleurs ferme le 30 septembre. Le plafond de TotalEnergies, lui, n'a pas de date.

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