Athena
Article · Bon Pote

Les Shifters et le Shift Project accusés de banaliser l’extrême droite

Bon PoteBon Pote6 min de lecture
Les Shifters et le Shift Project accusés de banaliser l’extrême droite
Source
Taille du texte

Mardi 24 février, l’association “les Shifters de Paris” organise un grand oral des candidats à la Mairie de Paris”.

“En collaboration avec The Shift Project (présidé par Jean-Marc JANCOVICI) et les Shifters, France 3 Paris IDF organise un Grand Oral des candidats à la Mairie de Paris, qui leur permettra de préciser leur feuille de route et leurs solutions concrètes pour l’avenir de Paris.”, pouvons-nous lire sur le site. 

Une intention louable, mais qui a provoqué un tollé, y compris chez des “Shifters”, suite à l’annonce de l’invitation de deux candidats d’extrême droite, Thierry Mariani et… Sarah Knafo.

Comme le rappelle cet article de Bon Pote, Sarah Knafo : 

  • Est membre (et serait à l’origine du nom du parti) de Reconquête, parti classé à l’extrême droite dans les “blocs de clivage” du ministère de l’Intérieur.  
  • Relaie la théorie complotiste, raciste et caractéristique de l’extrême droite du “Grand remplacement”.
  • A été directrice de la campagne présidentielle d’Éric Zemmour, un homme politique d’extrême droite dont la haine raciale lui a valu d’être multicondamné.
  • Au Parlement européen, elle siège au sein du groupe L’Europe des nations souveraines (ENS). Ce groupe rassemble des personnalités néonazies, formations nationalistes radicales, dont les élus de l’AfD (Alternative pour l’Allemagne), un parti allemand classé à l’extrême droite, connu pour ses positions condamnables sur l’immigration et l’identité, et qui défend notamment la déportation de personnes étrangères.

Le cordon sanitaire piétiné

la polémique a commencé publiquement dans un post sur le réseau social Linkedin des Shifters de Paris, sous lesquels plusieurs personnes se sont indignées de l’invitation de Sarah Knafo. 

“On ne combat pas l’extrême droite, qui pilote la contre-attaque/backlash contre l’ecologie, en la notabilisant, en la normalisant de la sorte”, déclare Alexandre Florentin, ancien conseiller à la mairie de Paris et ancien cadre chez Carbone 4. 

Elise Naccarato, Responsable Campagnes et Plaidoyer Climat chez Oxfam France, interpelle également l’association : “c’est une erreur historique d’inviter des climato-denialistes tel que Knafo pour un grand débat sur les questions écologiques. On ne peut pas s’intéresser aux sciences du vivant et crédibiliser des idées qui trient les humains. Est-ce que The Shift Project soutien cette ligne?

Source : https://municipales-paris2026.theshifters.org/

Réponse Des Shifters de Paris, et du Shift Project

Les Shifters de Paris ont répondu sur le réseau social Linkedin aux interpellations : “Nous assumons qu’interpeller les candidats à la mairie de Paris sur les enjeux énergie / climat c’est faire de la politique, mais nous le faisons dans un cadre neutre et apartisan comme l’indiquent nos statuts pour éclairer et informer les citoyens. Leur vote leur appartient”.

Pierre-Louis Vernhes, membre du conseil d’administration The Shifters, répond également : 

Dans le cadre d’une campagne électorale, et dans un État de droit, une association apartisane ne choisit pas ses invités : elle agit avec l’ensemble des candidats légalement autorisés à se présenter. Chacun assume ses responsabilités ; à ce jour, ni le pouvoir exécutif ni l’autorité judiciaire n’ont interdit Reconquête. Une association apartisane n’a donc pas la légitimité d’exclure un candidat sur la base de critères politiques.

Les positions des candidats sur le climat ne se valent pas, et certaines peuvent même être préoccupantes. C’est précisément l’objectif d’un Grand Oral que de mettre ces différences en lumière.

Par leurs actions, The Shifters donnent aux citoyens les clés pour se forger leur propre opinion, sans jamais décider à leur place.

Jean-Noël Geist, Responsable Affaires publiques et Shift-Shifters, confirme : 

.“Nos associations limitent leurs actions aux enjeux climat-énergie”. Et c’est bien là le problème. L’extrême droite et leur programme raciste ne sont pas un problème, tant que c’est décarboné ? Et la justice sociale ? Et les sciences sociales ? 

“C’est la démocratie, il faut inviter tout le monde”

Anticipons les remarques habituelles “c’est la démocratie, il faut laisser tout le monde s’exprimer”. 

Cela a déjà été le cas lors d’un débat organisé par les Shifters avant les européennes 2024, où Jean-Philippe Tanguy était venu pour représenter le Rassemblement National. Il a alors multiplié les mensonges sans être repris. Ce n’était pas le seul à mentir, mais de loin celui qui a dit le plus de mensonges, en direct. Par la suite, et c’est une bonne chose, les Shifters avaient publié un fact checking des propositions. Mais il est évident que ce fact-checking sera beaucoup moins lu que les mensonges écoutés en direct. 

Ensuite, concernant l’argument, “la dém”ocratie c’est laisser tout le monde s’exprimer”. Toutes les opinions ne se valent pas et surtout, certains propos de Sarah Knafo sont condamnables par la loi. Doit-on fermer les yeux sur ses propos sur le grand remplacement et ses fake news racistes partagées sur Twitter, parce qu’à côté de ça, elle propose des voitures plus écologiques pour Paris ? 

Contacté par email, Jean-Marc Jancovici n’a pas répondu à notre sollicitation. D’après nos informations, il a bien lu les retours sous le post Linkedin des Shifters de Paris. 

Crédit : PetitPiedDessin

Des Shifters “dégoûtés”

Suite à l’annonce, plusieurs membres des Shifters et anciens Shifters se sont dit “dégouté(e)s” d’apprendre que Sarah Knafo était invitée”.  

J’ai honte”, “mais nan c’est pas possible”, “ils descendent dans mon estime”. Bon Pote a reçu environ 50 témoignages de personnes qui s’interrogent sur les intentions des Shifters et du Shift Project.

A 3 semaines des municipales 2026 et avec une montée de l’extrême-droite dans notre pays, il est normal que l’invitation de Sarah Knafo divise. S’il n y a aucun doute sur la volonté des Shifters et du Shift Project de lutter contre le changement climatique, les sciences sociales représentent un impensé qui a et aura des conséquences.

Nous avons des décennies de sciences politiques et sociales qui démontrent sans équivoque les méthodes et les risques de la banalisation de l’extrême droite. Inviter Sarah Knafo en est un exemple frappant. On ferme les yeux sur le racisme, sur les fake news partagées, et on invite l’extrême droite comme si c’était un parti normal, malgré les risques évidents de banalisation

Un ancien des Shifters résume ce cas d’école : 

C’est à la fois indécent et tragique de voir les Shifters de Paris inviter des représentants de l’extrême droite à un débat politique, le tout validé par la gouvernance du Shift Project. Leur formation d’ingénieur les aveugle et les amène à adopter une position qui légitime l’extrême droite dans le débat démocratique sous couvert d’une “neutralité” héritée de l’ontologie positiviste qui est hégémonique dans leur discipline. Ils ne réalisent pas – ou ne veulent pas voir – que leur soi-disant neutralité trahit en réalité leur conformisme avec le pouvoir en place. La neutralité axiologique défendue par des intellectuels comme Max Weber n’a rien à voir avec une telle position. Elle consiste au contraire à dévoiler ses propres engagements idéologiques pour clarifier ses propres biais afin d’être réflexif dans le processus d’analyse des faits. En s’estimant neutres, les Shifters de Paris ne font que masquer leur propre idéologie et ne questionnent pas les conséquences potentielles de leurs actes. Conséquences douloureuses qui viendront vraisemblablement renforcer le capital symbolique de l’extrême droite dans le débat public.

Contenu publié par Bon Pote. Soutenez les médias libres en consultant la source originale.

Commentaires

Aucun commentaire pour l'instant. Soyez le premier à réagir.