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Manifestations du 17 octobre : 2 morts, un tournant

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Manifestations du 17 octobre : 2 morts, un tournant
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Deux morts recensés

Des rassemblements spontanés, sans meneurs de cortèges ni syndicats habituels, et plus de 1700 actions ont eu lieu dans toute la France ce samedi 17 octobre contre la vie chère, la paupérisation de la population causée par l’accaparement du PIB par les plus riches, et la dégradation des services publics.

Fronde lycéenne, gilets jaunes, justice climatique et sociale, antifas, fonctionnaires en détresse, c’est une véritable convergence des luttes qui a eu lieu avec 800 000 participants. Dans les villes où il n’y a pas eu de répression, les déambulations et blocages d’axes routiers ont eu lieu dans le calme, comme à Bayonne et à Vannes. Hélas, dans de nombreuses villes comme Paris ou Bordeaux, les cortèges ont été attaqués par les CRS avant même de pouvoir démarrer.

Résultat, on compte encore l’étendue des blessés. Dans un premier bilan, à Saint-Étienne, un mineur a eu la main arrachée. À Mulhouse, une adolescente de 17 ans a perdu son œil gauche. L’IGPN a été saisie. Un manifestant s’est effondré après avoir été touché « au visage » par un tir de LBD à Clermont-Ferrand.

Des vidéos montrent également un membre de la street medic roué de coups par les policiers à Paris, avant d’être évacué par les pompiers, apparemment toujours conscient. Hélas, selon les premières informations du Parquet de Paris, deux autres personnes sont décédées.

Le premier est un homme mort d’un « probable malaise cardiaque », aux abords du cortège parisien du 17 octobre, dans le quartier de Château d’eau, situé dans le 10e arrondissement de la capitale, a annoncé dimanche la préfecture de police de Paris sans donner de détails sur les circonstances de ce drame.

L’eurodéputée insoumise Manon Aubry a demandé des explications au ministère de l’Intérieur. Des appels à témoins ont été lancés pour en savoir plus. Vous pouvez écrire à La Relève et La Peste si vous avez des informations.

L’ancienne députée de gauche Raquel Garrido a réagi sur X : « C’est horriblement triste. Profondément inacceptable. La maltraitance des Français doit cesser. Président Emmanuel Macron : vous vivez les derniers mois et semaines de votre présidence. Combien de morts faut-il pour un sursaut républicain ? Le budget de la France doit prendre l’argent là où il est et mettre l’argent là où il faut. »

Selon Le Parisien, un autre homme est mort à Châtelet dans la nuit de dimanche à lundi, en marge d’une scène d’affrontements. Il semble que la victime, née en 1978 et qui a été retrouvée au sol, ait été victime d’un accident vasculaire cérébral (AVC), suite à des envois massifs de lacrymos. Le parquet de Paris a indiqué que « des vérifications sont en cours ».

Des commerces pillés sans protection

Près de 2 400 personnes ont été interpellées, a rapporté dimanche le ministère de l’Intérieur, et près de mille policiers et gendarmes ont été blessés. Le Premier ministre parle d’un « point de non retour ». Et c’est effectivement un point de bascule déroutant dans la répression des manifestations auxquels ont assisté, incrédules, tous les journalistes et observateurs de terrain aguerris à l’exercice.

Charger les manifestants avant le début d’une mobilisation est inédit. Place de la République, les gazages ont commencé dès le matin, alors que l’Orchestre du Nouveau Monde jouait pacifiquement, et que le cortège ne devait démarrer qu’à 14h. En brisant les cortèges dès le début, les policiers ont favorisé l’essaimage de groupes épars de pilleurs, normalement contenus par les foules de manifestants sur les itinéraires classiques.

Pourtant, le ministre de l’Intérieur savait à quel point cette situation est une poudrière. Sur France Inter, l’ancien préfet de police de Paris avait suggéré le 6 octobre que « perdre le contrôle, c’est si jamais vous aviez des hordes de personnes qui défilaient dans les centres-villes, qui pillaient les magasins et qui commettaient des exactions ».

En fin de journée du samedi, le premier ministre, Sébastien Lecornu, a affirmé sur X que « des groupes d’ultragauche ont organisé la violence dans plusieurs villes de France ; des délinquants s’y sont mêlés pour piller et détruire ».  Or, la procureure de Paris a déclaré qu’elle « ne peut absolument pas confirmer » l’appartenance à l’ultragauche des casseurs.

Les sociologues le savent bien : les black blocs qui « cassent » s’en prennent avant tout aux symboles et aux enseignes du grand capital (les banques, les assurances, les agences immobilières), en réponse à l’accaparement des richesses, et pas aux petits commerçants.

La vérité, c’est que le gouvernement a complètement, et peut-être volontairement, sous-estimé l’ampleur de la mobilisation. Au total, 10 000 membres des forces de l’ordre ont été déployés sur tout le territoire. Pour la venue du Pape, ils étaient 15 000, accompagnés de 2 500 sapeurs-pompiers, rien qu’en Ile-de-France.

« Il y a une très forte rentabilité politique à cette passivité puisqu’on peut fixer les images médiatiques sur le feu et les dégradations, pour dire ensuite « c’est moi ou le chaos ». (…) Cette stratégie date de la fin du mois de 17 septembre. Au lieu d’instaurer un dialogue, le gouvernement a préféré s’en prendre d’entrée de jeu aux blocages étudiants alors qu’ils étaient non-violents et pacifiques », rappelle Patrick Bruneteaux, spécialiste des questions de maintien de l’ordre en France, au micro de France24.

Résultat, « le 17 octobre, des pans entiers de nos villes ont été laissés sans protection », ont dénoncé les maires Emmanuel Grégoire (Paris), Benoît Payan (Marseille) et Grégory Doucet (Lyon). A Marseille, il y avait « une seule compagnie de CRS » selon Benoît Payan. Ils « exigent un diagnostic précis, expliquant l’enchaînement d’événements ayant abouti à cette situation. Cela ne peut et ne doit pas se reproduire ».

Les commerçants ont été livrés à eux-mêmes face aux pilleurs. « Il y a sans doute au moins 3 000 commerces qui ont subi des dégradations et des pillages », a déclaré le ministre du commerce, Serge Papin. Les maires sollicitent la création d’un fonds de solidarité pour réparer les dégâts matériels et des mesures pour répondre à la crise lycéenne.

La responsabilité de l’exécutif

Preuve de la déconnexion totale du Président avec la détresse des français, le couple présidentiel assistait au concert de Céline Dion la veille du 17 octobre, en compagnie d’Hélène Hélène Mercier-Arnault, l’épouse du milliardaire. Cela fait pourtant des mois et des mois que la colère monte en puissance, en même temps que l’explosion des prix des carburants et des inégalités en France.

Et qu’a fait le Président pour répondre à la crise du pouvoir d’achat des français ? Rien, si ce n’est des promesses creuses et des mots vides. Il a refusé de taxer les superprofits des grands groupes pétroliers ou de limiter les prix à la pompe. Pire, lors de son allocution dimanche soir, il n’a pas eu un seul mot pour les étudiants mutilés par la police.

Un constat partagé par le média belge Le Soir, qui estime que le président français porte « sa part de responsabilité dans ce désastre. En dix ans de pouvoir, il n’a dessiné ni un meilleur horizon pour les lycéens, ni rendu moins difficile la vie des classes moyennes, ni résolu le sentiment de sécession qui règne parfois dans les banlieues ».

Dimanche soir, Macron a appelé les français à « attendre la prochaine présidentielle ». Mais attendre 6 mois de plus, quand se déplacer pour aller au travail endette des familles chaque jour, ce n’est pas possible. Le Président a voulu opposer deux camps dos à dos, sans réalité aucune avec la complexité du corps social français.

« Les deux seuls camps qu’il y a, c’est le camp du pouvoir, de la brutalité, des exploiteurs et des dominants ; et de l’autre côté, il y a le monde des opprimés qui subit la crise depuis des années », a rétorqué le co-fondateur du NPA, Philippe Poutou, au micro de BFM-TV.

« Cela correspond à une crise profonde du monde capitaliste, à un moment donné la colère finit par passer à un endroit : les Gilets Jaunes, la bataille des retraites en 2019… C’est aussi le résultat d’une société profondément injuste où il y a une sous-estimation de la colère et de la souffrance sociale. Il y a une réalité d’un monde pourri qui nous saute à la gueule. »

Les partis de gauche réclament des mesures politiques urgentes à la souffrance des français : blocage des prix, 10 milliards d’euros pour les étudiants, la suppression de Parcoursup, et l’indemnisation des commerçants.

Au lieu de cela, le Premier ministre Sébastien Lecornu annonce des couvre-feux localisés et un « fonds de soutien spécifique » pour les commerçants touchés par les pillages. « Toute la transparence sera faite », a promis Macron. « Qu’elle soit faite sur chaque main arrachée et chaque œil perdu », rétorque le mouvement des Gilets Jaunes.

Une chose est certaine : la mobilisation de samedi a créé un précédent assez important, reste à voir comment cela va se traduire dans les répressions d’ici au 5 novembre, ou lors des prochaines manifestations annoncées d’ici-là.

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