5 signes que Raphaël Glucksmann est la nouvelle vitrine du macronisme
Mr Mondialisation7 min de lecture
Vainqueur de la primaire du Parti socialiste et de ses alliés, Raphaël Glucksmann représentera donc la mouvance sociale-libérale lors des prochaines élections présidentielles. Il est désigné comme le représentant d’un certain renouveau politique par plusieurs grands médias alors que ses positionnements flirtent avec le macronisme et que son argument de campagne est d’être opposé à la gauche de rupture prônée par LFI. Décryptage.
Les similitudes entre Raphaël Glucksmann et le candidat Emmanuel Macron de 2017 ne cessent de se multiplier. Que ce soit dans son parcours, son programme, son entourage, sa vision internationale, son accointance avec la droite, ses éléments de langage, tout laisse entrevoir dans son projet une continuité avec le pouvoir actuel. Mr Mondialisation vous présente cinq preuves du macronisme du candidat Glucksmann.
1. Un parcours néoconservateur et libéral jamais vraiment soldé
Avant d’atterrir sur le devant de la scène en 2019 en devenant la tête de liste du PS aux Européennes, Raphaël Glucksmann a eu une trajectoire plus que sinueuse pour quelqu’un se prétendant de gauche. Issu d’une famille de la haute bourgeoise – il est notamment le fils du philosophe atlantiste André Glucksmann – il connaît un parcours plus que classique dans le milieu : classe préparatoire au lycée Henri IV et passage par Sciences Po après avoir échoué à entrer à l’ENS.
À 23 ans, il intègre le Cercle des Oratoires, un club de réflexion néoconservateur qui soutient ouvertement le président Bush et ses interventions militaires au Moyen-Orient. À 27 ans, il s’engage pour le parti ultralibéral Alternative libérale et se désiste au dernier moment pour le représenter aux législatives. Ce parti appuyait ni plus ni moins que la suppression de la Sécurité sociale. Même si le fondateur de Place Publique se défend aujourd’hui d’avoir partagé cette opinion, au vu de ses « petits arrangements » concernant cette époque, il est permis de fortement douter.
En 2008, à 29 ans, il salue d’ailleurs Nicolas Sarkozy, qu’il décrit comme le « candidat de l’anticonservatisme » qui « brise les tabous ». Un an plus tard, à tout juste 30 ans, Glucksmann devient conseiller du nouveau président géorgien, Mikheil Saakachvili. Connu pour avoir utilisé des méthodes très autoritaires de répression des protestations, le dirigeant a aussi mené un programme économique qui fait froid dans le dos : abolition du salaire minimum, licenciement de 60 000 fonctionnaires et suppression massive d’impôts pour les plus riches.

Difficile d’évaluer l’influence de Raphaël Glucksmann dans une telle politique, mais l’actuel compagnon de Léa Salamé n’a cependant pas jugé bon de s’en désolidariser en quittant son poste. C’est finalement lorsque son employeur perdra les élections qu’il décide de rentrer en France. En 2014, il affirme toujours que cela ne l’a « jamais fait vibrer » de « manifester pour les retraites ». C’est à partir de 2018 et de la fondation de son parti qu’il se proclame à gauche. Un positionnement pour autant difficile à entendre après un tel passif, d’autant que l’homme s’est totalement opposé au Nouveau Front Populaire.
2. Un programme social bien faible
Si Raphaël Glucksmann met bien sur la table quelques mesures de partage des richesses un peu plus ambitieuses que celles d’Emmanuel Macron en 2017, leurs portées réelles restent pour autant bien loin des réponses nécessaires à la hausse du coût de la vie.
L’eurodéputé propose, par exemple, de rehausser le SMIC à 1600 € d’ici 2029. Or, d’après les projections de la banque de France, l’inflation devrait naturellement pousser le SMIC à plus de 1 560 € d’ici là. L’augmentation promise demeure donc très faible au regard des difficultés des plus précaires, d’autant plus que le programme de Place Publique ne propose pas la moindre revalorisation des aides aux logements ou des minima sociaux.
Sur la retraite, le candidat aux présidentielles fait planer l’incertitude. Il affirme qu’il faut « cesser la focalisation sur le seul âge légal qui produit l’injustice et fonder notre philosophie sur les inégalités de conditions et d’espérance de vie ». Même s’il a indiqué souhaiter revenir à 62 ans durant le débat des primaires, il reste évasif sur le nombre d’annuités et assure que « certains devront travailler plus longtemps ». Il a aussi certifié vouloir « converger vers une simplification des régimes », ce qui n’est pas sans rappeler le fameux système de retraite par capitalisation porté par Édouard Philippe lorsqu’il était Premier ministre.
3. Une équipe et des soutiens inquiétants
Si certains se fient aux discours de Raphaël Glucksmann, observer ses soutiens politiques et son équipe de campagne offre un bon indicateur de ses opinions réelles. Il est, par exemple, appuyé par l’ancien député LREM, Sacha Houlié, mais aussi par l’ex-ministre de la Santé d’Emmanuel Macron, Aurélien Rousseau, ou encore par Simon Bernard, ex-conseiller d’Élisabeth Borne et ex-directeur de cabinet d’Amélie Oudéa-Castera.
Pire, Marguerite Cazeneuve, ancienne conseillère d’Emmanuel Macron et d’Édouard Philippe, et ex-consultante chez McKinsey, qui a notamment élaboré la fameuse tentative de réforme des retraites à points en 2019, a été chargée de coordonner le programme de Place Publique.

À ce tableau déjà assez inquiétant pour un homme prétendument de gauche, il faut ajouter diverses personnalités venues de la faction la plus droitière du PS, comme Serge Kalfon, Jérôme Guedj, Aurore Lalucq, Patrick Kanner, Carole Delga, Nicolas Mayer-Rossignol, mais aussi l’écologiste libéral, Yannick Jadot.
En définitive, c’est peut-être le député européen Renaissance, Bernard Guetta, qui résumait le mieux la situation en 2024 :
« neuf fois sur dix, le candidat PS-Place publique vote les mêmes textes que nous (…) Alors, pourquoi Glucksmann n’est pas avec nous ? »
4. Un atlantisme béat et un droit international à géométrie variable
Fidèle à ses premières amours, Raphaël Glucksmann se montre particulièrement bienveillant à l’égard des États-Unis et de leurs alliés. À l’inverse, sa virulence envers les pays non alignés, comme la Chine, la Russie ou encore le Venezuela, n’a jamais faibli.
On l’a ainsi vu défendre, à ce titre, des personnalités d’extrême droite comme Maria Corina Machado ou Alexeï Navalny. Celui qui s’est largement fait connaître pour son combat en faveur des Ouïghours n’hésitait pas à parler de génocide. Et pourtant, il n’a jamais daigné en faire autant en ce qui concerne la situation en Palestine. Son programme ne contient d’ailleurs aucune sanction à l’égard du gouvernement israélien.
Contrairement aux aspirations historiques de paix du camp progressiste, le leader de Place Publique propose, en outre, un renforcement militaire massif, notamment au niveau européen. Il a, dès lors, mis sur la table un plan à 500 milliards d’euros à l’échelon continental. Sa fervente allégeance à l’Union européenne et sa politique néolibérale sont aussi de grands points communs avec le macronisme. De quoi laisser craindre que, sans rapport de force, aucune mesure sociale ne puisse être appliquée en France sous sa gouvernance.
5. La drague des électeurs RN
À l’instar de la macronie, Raphaël Glucksmann semble bien avoir compris que sa cible électorale se situait sur sa droite. Ainsi, comme le président de la République, il tente largement de séduire un public tourné vers le RN en s’appropriant ses thématiques.
Il a, de cette façon, mis sur la table l’idée d’une « convention citoyenne » sur la question de l’immigration. Un procédé qu’Emmanuel Macron avait d’ailleurs déjà utilisé sur le climat, sans tenir compte des conclusions. Comme le fondateur d’En Marche, Glucksmann évoque également des concepts flous sans jamais dire concrètement ce qu’il entend. C’est le cas, par exemple, de son « nouveau contrat patriotique ».
Il a aussi fait de la sécurité un « axe majeur » de sa campagne, en jouant la carte de la lutte contre l’islamisme. Il a par également fait preuve de banalisation complaisante envers les banquets du « Canon français », pourtant bien identifiés pour leur ancrage à l’extrême droite.
Dernière station avant le désert ?
Dans ce contexte de scrutin présidentiel, Raphaël Glucksmann s’inscrit donc plutôt comme un candidat se disputant les miettes d’un macronisme à l’agonie, aux côtés de Gabriel Attal et d’Édouard Philippe. Si la carte du « en même temps » à la fois « de gauche » et « libéral » pourrait séduire certaines irréductibles, elle a cependant peu de chance d’éveiller l’intérêt d’un électorat réellement de gauche.
Face aux défis environnementaux et sociaux de plus en plus urgents, la volonté d’une rupture radicale avec dix ans de pouvoir macroniste pourrait en effet prendre le dessus. Dès lors, dans cette optique, la candidature soutenue par le PS risque de ne pas faire illusion très longtemps.
– Simon Verdière
Photo de couverture : Raphael Glucksmann le 3 mars 2024 au Congrès du PSE. Wikimedia.
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